Le pin d’Alep se cherche des marchés

Le 22 août 2019
Éclaircie dans un peuplement de pin d’Alep.

Le pin d’Alep, qui a obtenu en 2018 la norme bois de structure, se trouve au milieu du gué. Il doit désormais se trouver des marchés et des filières d’approvisionnement. Une belle ambition débattue le 12 juillet dernier à Marseille.

Il faut d’abord saluer le travail de France forêt Paca qui a su fédérer les énergies privées et publiques autour de cette ressource locale. Le travail a porté ses fruits. On sait désormais que le bois des collines provençales qui plie sous le vent et brûle dans les incendies de forêt présente les qualités d’un bois de construction. Il plie mais ne rompt pas et a fait son entrée l’an dernier dans la norme des bois de structure dont bénéficient les autres pins. «C’est l’aboutissement de cinq ans de travail mais pas un clap de fin» prévient Gérard Gautier, le président de France forêt Paca, qui se souvient avoir engagé dès 2011 ce travail de réhabilitation avec d’autres sylviculteurs des Bouches-du-Rhône. Ici, les rares propriétaires qui s’occupent de leurs forêts ne veulent plus vendre leur bois pour une bouchée de pain (1).

Bâtir avec le pin d’Alep

Le pin d’Alep, cet arbre plein de promesse, a rassemblé une grande partie de la filière Paca le 12 juillet dernier à l’hôtel de région de Marseille. L’affluence – 130 personnes – témoigne d’une attente forte et d’une forme d’impatience : quand va-t-on (re) bâtir avec le pin d’Alep ? On a compris au terme des interventions et d’une table ronde interprofessionnelle que ce n’est pas encore pour demain. «Nous devons mettre en place un développement progressif et coordonné des usages» a insisté Olivier Gaujard, le président de la jeune interprofession Fibois Sud, coorganisatrice de cette journée. Pas question de casser la baraque avant de l’avoir construite…

En termes d’usage, la filière est en effet à construire à partir d’une ressource abondante. Dans le Sud de la France, les peuplements de pin d’Alep couvrent 223.000 hectares et ce capital de 14 millions de m3 produit chaque année plus de 500.000 m3 de bois. Le bureau d’études forestières Alcina nous apprend que la ressource annuelle disponible sur l’accroissement approche les 300.000 m3. Or les 50.000 à 100.000 m3 récoltés chaque année partent soit à Tarascon – l’usine de pâte à papier Fibre excellence – soit vers les centrales à biomasse. La part de bois d’oeuvre est ridicule. La coopérative Provence forêt envoie 1 à 2 camions de qualité palette par semaine vers l’Italie. Le scieur André Jauffret, installé à Biot (06) transforme du sapin, de l’épicéa, du mélèze et un petit peu de douglas et quasiment jamais de pin d’Alep : aucun client ne lui en fait la demande. Une exception : la scierie mobile du Haut Verdon transforme régulièrement du pin d’Alep pour des agriculteurs ou des auto-constructeurs.«C’est un très bon bois, je fais de belles pièces de charpente mais rarement de plus de 4 mètres de long car les sections droites sont courtes» précise Serge Jourdan.

Impossible de trouver des sciages

Il est donc aujourd’hui quasiment impossible de construire en pin d’Alep faute de sciages. Marc Bourglan, charpentier, utiliserait bien ce bois en montant d’ossature mais il ne sait pas où trouver les produits. Le laboratoire Ceribois qui a réalisé les essais lors de la campagne d’homologation confirme que les bois de petites sections pourraient être aboutés pour fabriquer des barres de 13 mètres, à condition de valider des solutions de collage. Pascal Mathat, menuisier à Briançon, se verrait bien fabriquer des carrelets avec le même procédé d’aboutage. Fabriquer des fenêtres, et pourquoi pas des meubles ? Tout est possible, il suffit juste d’amorcer la pompe. […]

(1) 7 euros/m3 sur pied en moyenne.

Photo : Éclaircie dans un peuplement de pin d’Alep.

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