Paris / Forum forêt : des solutions concrètes pour valoriser le rôle de la forêt

Le 10 mai 2016

Le Forum organisé par Fransylva, commencé en novembre dernier s’est achevé le 15 avril à Paris par un séminaire de deux jours en présence de nombreux propriétaires forestiers venus de toute la France. Deux journées destinées à tirer les enseignements de cinq mois d’action et de réflexion autour de la question : «Forêt – bois et climat : quelles solutions pour demain ?». Une occasion aussi de présenter au grand public des solutions concrètes pour montrer le rôle que la forêt et le bois jouent dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Faire comprendre au grand public qu’entretenir la forêt et récolter les arbres en âge de l’être est bon pour la forêt et bon pour la société, et qu’économie rime avec écologie, est l’un des objectifs que s’est donné Antoine d’Amécourt en devenant président de Forestiers privés de France. C’était aussi l’ambition du Forum forêt lancé en novembre dernier. En organisant des visites et des rencontres ouvertes au grand public dans toute la France pendant huit mois, le Forum a permis de mettre en avant toutes les initiatives régionales allant dans ce sens et de faire mieux connaître les problématiques de la filière forêt-bois au grand public, mais aussi de faire se rencontrer l’amont et l’aval, un rapprochement auquel travaille Antoine d’Amécourt, qui a d’ailleurs exprimé ses regrets quant à l’absence de la FNB à ces journées.
Les journées parisiennes clôturaient ces huit mois en mettant l’accent sur la compatibilité, voire la synergie, d’une sylviculture plus productive et d’une récolte plus intense avec la lutte contre le réchauffement climatique, une démonstration faite en introduction par Jean-Luc Peyron, directeur du Gip Ecofor, puis par Jérôme Mousset, responsable du département agriculture & forêt à l’Ademe. Stockage dans le bois, effet de puits (lors de la photosynthèse), substitution de matériaux produits avec de l’énergie fossile et émissions évitées par l’utilisation du bois-énergie à la place du pétrole, les quatre effets positifs de la forêt et de l’utilisation du bois subsistent si l’on exploite plus du bois, et même si l’effet puits diminue lorsque l’on récolte plus d’arbres, le bilan reste positif grâce à l’augmentation des effets de substitution d’énergie fossile par l’utilisation du bois… et par le recyclage !

Couper les arbres, ce n’est pas tuer la forêt…

Une série de vidéos montrant une animatrice interrogeant un panel de personnes étrangères au monde de la filière forêt-bois, représentatives du «grand public», sur quelques grandes problématiques actuelles permettait de rappeler que certaines notions évidentes pour les forestiers ne le sont pas pour tout le monde. La forêt pousse-t-elle toute seule ? Couper les arbres, est-ce les tuer ? A quoi sert le bois qui pousse dans nos forêts ? Combien de personnes travaillent dans la filière bois en France ? Autant de questions auxquelles les personnes interrogées étaient incapables de répondre et qui une fois informées, s’étonnaient de ne pas connaître cette filière qui tient une place aussi importante dans notre économie. «La filière est très méconnue», a résumé Marc-Antoine de Sèze, président de PEFC France «mais les gens comprennent vite». Pour Bertand Servois, président d’Unisylva, «on va finir par être heureux de voir des grumiers sur les routes !». «Mais les gens ont besoin de savoir ce que l’on fait en forêt», continue-t-il, «il faut expliquer quand on coupe des arbres, quand on laisse un tas de plaquettes forestières bord de route pour qu’elles sèchent, etc.»
Dans le bois tout est bon… mais tous les bois sont-ils bons ?
«Le bois employé dans le bâtiment stocke le carbone pendant toute la durée de la vie d’un bâtiment, cet argument n’est pas assez mis en avant», a regretté Stanislas Pottier, président de l’Association pour le développement du Bâtiment bas carbone au cours de la deuxième table ronde. Les autres usages aussi, a ajouté Georges-Henri Florentin, directeur général de FCBA, et «tous les produits bois contribuent à une économie innovante bas carbone, depuis les palettes de plus en plus élaborées, aux solutions bois pour l’aménagement intérieur, jusqu’à toutes les valorisations en plein développement des fibres de bois»… «On ne peut pas opposer les usages du bois», renchérit Arnaud Godevin, directeur de l’Ecole supérieure du bois (ESB), «quand on coupe un arbre, une partie part en bois d’œuvre, une autre en panneaux, c’est très important pour diminuer les coûts de la matière première». Il estime urgent de «convaincre les jeunes que le bois est un matériau innovant» pour les attirer vers l’industrie du bois : «ils ne se rendent pas compte de la haute technologie de cette filière, des usages multiples mais parfois invisibles du bois, comme l’intérieur des portes de voiture sur lequel l’ESB travaille»… Ce que le programme Innovations 2025 de la filière bois, qui sera dévoilé prochainement, devrait confirmer, a rappelé Georges-Henri Florentin.
Pour Arnaud Pottier, «l’important est de faire savoir que l’on peut faire des bâtiments bas carbone à technique existante à coût équivalent» mais «le développement de la filière bois-construction profitera surtout au bois reconstitué que nous ne fabriquons quasiment pas en France pour le moment», ajoute-t-il. Le bois reconstitué est pourtant une opportunité à saisir par le bois français qui souffre d’une hétérogénéité trop grande, selon lui. Une annonce mal accueillie par certains forestiers dans la salle : «Nous sommes consternés de voir que la qualité n’est pas récompensée» s’est indigné l’un d’eux. «Il faut continuer à faire du bois de qualité, mais on ne pourra jamais en faire plus de 30%», «on aura toujours des nœuds, et toujours des arbres juvéniles», a rappelé Georges-Henri Florentin en avertissant également des dangers de la défense à tout prix du bois local, qui peut être contraire aux intérêts des autres bois français dans une région.

Elargir les valorisations du bois… jusqu’où ?

La récolte doit se faire dans la logique d’une valorisation optimale de la matière a déclaré Joelle Kergreis, de l’Ademe. L’Ademe, un temps accusée de déséquilibrer les approvisionnements par ses appels d’offres pour des projets bois-énergie surdimensionnés, a réalisé une étude très poussée de la ressource disponible, au niveau national et régional, ainsi que des flux de ces bois d’une filière de transformation à l’autre pour asseoir sa politique en faveur du bois-énergie. Elle veille aussi à ce que les projets aient une vraie efficacité énergétique, a répondu Joelle Kergreis à une question de la salle.
La gestion durable de la ressource fait aussi partie des préoccupations de l’Ademe, «nous ne raisonnons pas qu’en termes de TEP évitées (tonnes équivalent pétrole, unité énergétique)», a déclaré Joelle Kergreis. C’est l’objectif du programme Dynamic bois porté par l’Ademe dont l’un des projets retenus, le projet Movapro, dans les Landes, était présenté par Henri Husson directeur adjoint du CRPF Aquitaine. Movapro a permis de convaincre 200 propriétaires (sur 3.000 contactés !) de récolter 5 ha dans leurs parcelles inexploitées, ce qui permet de récolter 100.000 tonnes de bois supplémentaires disponibles pour la filière bois-énergie des Landes.
Parmi les valorisations innovantes, le marché des médicaments produits à partir d’huiles essentielles extraites du bois est en plein développement, a expliqué Nicolas Attenot, président de la société Biolie.
«Où est la limite ?» a demandé alors Hervé Le Bouler, responsable des questions forestières à FNE. «Si on ne rémunère pas la matière première on n’aura plus de forêt», a-t-il continué en provoquant des applaudissements dans la salle, «Un bon forestier est un forestier riche ! La filière bois-énergie a trop compté sur la hausse du prix du pétrole pour bâtir son modèle de croissance», selon lui.

Place aux jeunes

Un vent rafraîchissant a soufflé le samedi matin avec les présentations de trois étudiants d’AgroParitech et d’un étudiant en Bepa au lycée de Crogny. Ces jeunes ont montré que la filière ne manquait pas de têtes bien faites pour assurer l’avenir. Le premier sujet présenté proposait de s’interroger sur « Comment concilier création de dessertes forestières et préservation de l’environnement ? », avec en trame de fond la préoccupation de sa doctorante de simplifier les démarches quand les espèces végétales protégées sont très abondantes localement. Le second sujet, du deuxième futur ingénieur forestier, proposait de «Penser la forêt comme un tout», au niveau global, mais peut-être pas au niveau local, autrement dit «pourquoi vouloir une forêt multifonctionnelle à l’échelle de la parcelle ? » L’idée du troisième proposait de miser sur l’agroforesterie pour sauver l’exploitation familiale jusque-là orientée vers l’élevage de canards gras et de veaux sous la mère dans le Sud-Ouest et menacée par les crises récentes de ces filières. Enfin, le quatrième intervenant, étudiant en BEPA, proposait de travailler davantage la prise en compte de la sensibilité des gens avec qui on travaille pour bien faire passer le message de l’importance d’adapter de nouvelles pratiques sylvicoles.
Rajeunir le monde forestier, prouver que la forêt est un enjeu économique d’avenir, que l’écologie et l’économie sont conciliables, qu’il faut valoriser tous les bois… Voilà quelques-unes des pistes qui se sont dégagées de ces huit mois de «remue-méninges» dans la forêt… « Et puisqu’il existe une fête de vendanges, pourquoi n’y aurait-il pas une fête de la récole en forêt ?», a suggéré Antoine d’Amécourt.

Nathalie Jaupart-Chourrout