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Emmanuel Macron veut planter un milliard d'arbres d'ici dix ans

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Un peu plus de 350 représentants des acteurs mobilisés cet été pour lutter contre les feux de forêts ont été reçus à l'Élysée le 28 octobre par le Président de la République Emmanuel Macron. À cette occasion, le chef de l'État a détaillé les éléments d'une stratégie qu'il souhaite mettre en place pour notamment prévenir les risques d'incendies, renforcer les moyens humains et matériels de lutte, mais aussi reboiser les forêts avec l'objectif de planter un milliard d'arbres d'ici dix ans.

Le 28 octobre, Emmanuel Macron recevait au palais de l'Élysée les acteurs engagés dans la campagne 2022 de lutte contre les feux de forêts. Des incendies qui depuis le premier janvier ont ravagé des dizaines de milliers d'hectares de forêts en France métropolitaine et coûté la vie à plusieurs soldats du feu. "Pour beaucoup, cet été fut une saison en enfer. L'enfer des flammes, de la fatigue, de la désolation. Je pense aux familles évacuées, aux pompiers éprouvés dans leur chair et je pense en particulier à la mémoire du commandant Pascal Allaire et du lieutenant Martial Morin", a expliqué Emmanuel Macron. "Les éléments se sont particulièrement déchaînés cet été. 72 000 hectares incendiés, soit six fois plus que la moyenne des dix dernières années. 50 départements concernés, et des territoires qui ces dernières décennies ne connaissaient pas l'épreuve du feu avec une telle intensité. 50 départements concernés par un feu significatif, presque un sur deux, très largement au-delà des zones traditionnelles de vigilance. 3,3 millions de tonnes de CO2 relâchés dans l'atmosphère, ce qui représente 5 % de nos émissions annuelles. Et des effondrements de biodiversité dans tous les endroits qui ont été touchés par le feu. [...] Ce bilan humain, climatique, de biodiversité, que j'évoquais, nous avons su malgré tout le maîtriser, parce que si j'évoquais la perte de nos deux sapeurs pompiers, que nous n'oublions pas, vous avez protégé de manière admirable la population, et malgré ce que nous avons vécu. Quand je le compare aux événements que beaucoup d'autres pays européens similaires ont vécus, nous avons su protéger et sauver les vies, et c'est une immense fierté [...] Mais le bilan est là, le changement du risque est là, la transformation de ce que nous avons à vivre est là. En vous réunissant aujourd'hui pour vous remercier, pour vous dire cette reconnaissance, je suis obligé de qualifier le caractère exceptionnel des feux de cette année mais aussi reconnaître, à la lumière de ce que tous les experts nous disent, que nous risquons désormais de connaître à intervalles réguliers, des incendies de ce type et des saisons comme celle-ci. [...] Il nous faut penser une stratégie nouvelle."

Le Président de la République a présenté le détail de cette stratégie qui repose sur trois axes : mieux prévenir les incendies, renforcer les moyens humains et matériels, et reboiser et gérer durablement les forêts. "La prévention suppose de mobiliser les propriétaires, parce qu'au-delà du rôle essentiel de pivot que joue l'ONF, nous avons des modèles de forêts qui sont très divers, et nous avons un émiettement de nos propriétaires qui rend parfois difficile le travail. Il faut donc mobiliser les propriétaires, les maires, les associations, les départements, l'ensemble des services de l'État. Nous devons tous ensemble réactiver une stratégie de prévention de ce risque, avec la même capacité de coordination et d'action que nous le faisons quand les feux sont là durant l'été. Dès le mois prochain, nous lancerons une campagne de communication, de sensibilisation et de mobilisation". Les mesures annoncées par Emmanuel Macron prévoient également un renforcement des obligations légales de débroussaillement dans les prochains mois, accompagnées d'une évolution du cadre réglementaire applicable aux propriétaires, ainsi que la réalisation d'un travail de cartographie pour mieux appréhender les risques.

Au niveau des moyens humains et matériels, le chef de l'État a annoncé la mise en place d'un plan de soutien au volontariat pour allonger la durée pendant laquelle les entreprises pourront libérer leurs sapeurs-pompiers volontaires, en indemnisant mieux "les entreprises citoyennes". Il a aussi indiqué que le nombre de colonnes de renfort de sapeurs-pompiers sera doublé. Par ailleurs, le renouvellement de la flotte actuelle de Canadairs de la France, composée de 12 avions, devrait être engagé, ainsi que l'achat de quatre Canadair supplémentaires d'ici 2027 et l'acquisition de deux hélicoptères lourds supplémentaires en 2023. "Ce réarmement aérien d'urgence, à travers les compléments que je viens d'évoquer, représente un investissement de 250 millions d'euros de la nation qui permettra de lancer les commandes dès cette année. Les femmes et les hommes, le matériel local, la mobilisation de commandes européennes, les moyens nationaux, c'est ainsi que nous procédons avec ce partenariat capacitaire entre l'État et les collectivités locales, au premier titre desquels les départements."

Renouveler 10 % de la forêt

Devant les 350 représentants des forces mobilisées au cours de l’été dernier, le Président de la République a ensuite présenté un troisième axe de sa stratégie plus particulièrement dédié à la gestion de la forêt. "Compte tenu de ce que nous avons vécu et de la vulnérabilité de nos forêts, il nous faut en quelque sorte réinventer nos forêts françaises et planifier notre action. Je veux avoir une planification de notre reforestation, avec un cap clair : pouvoir replanter un milliard d'arbres en dix ans. J'ai pris un engagement de campagne qui est de financer la capacité à replanter 140 millions d'arbres durant ce mandat. Ça, ce sont les dispositifs de financement public qui sont à notre main. Mais il se trouve que le mouvement lancé est beaucoup plus grand, beaucoup plus fort. Et si on s'y prend bien. Qu'on mobilise à la fois ce que l'on fait côté collectivités publiques et propriétaires privés, ce que nous devons faire, c'est cet objectif d'un milliard d'arbres à la fin de la décennie. Ça veut dire renouveler 10 % de notre forêt. C'est faisable, et c'est même ce que nous devons faire. Notre vulnérabilité a souvent été de délaisser, de ne pas suffisamment replanter. Il y aura des dispositifs de financement public, ils existent déjà, mais il doit y avoir une très large mobilisation sur ce sujet. Avec une méthode, que l'on travaille tous ensemble, avec les professionnels, les collectivités, les opérateurs comme l'ONF et le Conservatoire du littoral, avec aussi nos jeunes pour réussir cette planification. Parce que c'est un formidable projet, un formidable chantier écologique, environnemental et d'aménagement de nos territoires, mais qui est un projet de biodiversité, d’entretien de nos territoires et de leurs équilibres, de capacité à valoriser des filières, sur lesquelles, je le rappelle, nous n’avons pas réussi à date à mettre en œuvre une vraie filière française. [...] Nous avons l’une des plus grandes forêts de d'Europe. Nous sommes un des plus grands importateurs de bois d’Europe. Cherchez l’erreur. Ça suppose aussi derrière d’aller vers, et je le dis d’autant plus que je n’ai pas réussi ces 5 dernières années, avec beaucoup d’humilité, la structuration des filières et le changement des habitudes. Nous avons aujourd’hui une filière de valorisation qui est trop émiettée, qui est sous capitalisée et qui donc ne sera, si on ne change pas les règles et notre organisation, jamais compétitive. On continuera à faire des beaux discours pour dire : il faut produire du bois et des meubles et des bâtiments avec du bois français mais on n’y arrivera pas. Ça suppose d’investir, de réorganiser, de changer les habitudes, de construire des acteurs plus compétitifs pour résister aux grands acteurs étrangers et rebâtir une filière. La forêt française, vous voyez donc, c'est une formidable source d'espoir si nous savons être au rendez-vous de cet axe. [...]  Alors à court terme, dans le cadre de cette mobilisation pour nos forêts, nous allons d'abord réparer, replanter. Cela passera par un dispositif de soutien à la reconstitution des forêts incendiées comme je m'y suis engagé cet été, qui sera intégré au mécanisme de renouvellement forestier France 2030 et qui a été conçu lors des Assises de la forêt et du bois. Je veux remercier toutes celles et ceux qui ont contribué à ces travaux. Il y a d'abord un travail qui consiste à défricher les zones sinistrées et à les nettoyer qui va se faire dans les prochains mois et donc dès fin 2023, début 2024, nous organiserons ce travail pour replanter. Les moyens seront au rendez-vous pour faire face à ce nouveau défi. Au-delà de l'année prochaine, nous allons mettre en œuvre un cadre pérenne et stable de financement de ce dispositif reposant sur la finance carbone, la mobilisation privée et publique. Nous avons mis en place des instruments innovants qui peuvent y contribuer, qui doivent y contribuer. Ainsi, puisque chaque vol domestique doit obligatoirement compenser ces émissions, ce qu'on va demander aussi c’est à nos compagnies aériennes de s'en saisir et de nous aider à financer cet effort. C'est pour cela qu'au-delà des financements publics et des engagements strictement pris, nous allons faire en sorte que le carbone émis dans nos airs soit en quelque sorte pleinement capté par nos chaînes, nos forêts et financé par ceux qui produisent ce carbone. Avoir aussi une capacité à financer ces efforts. Je vais le dire aussi très clairement, l'État sera à vos côtés pour replanter, mais nous ne replanterons pas à l'identique. Nous devons adapter nos forêts aux nouvelles conditions climatiques à travers davantage de diversification, une gestion plus durable et là aussi, un travail avec les scientifiques, les associations pour nous adapter aux changements. Ainsi, à moyen terme, nous devons parvenir à des forêts plus résilientes, plus fortes. Renouvelées à 10 % d'ici la fin de cette décennie. Et en préservant la beauté de nos paysages et notre biodiversité. C'est pourquoi notre territoire devra voir se massifier le nombre d'hectares soumis à un plan de gestion durable car chacun doit se rendre compte que nous devons là disposer de pare-feu, en particulier quand les incendies sont un risque, c'est-à-dire presque partout. Surtout, nous n'hésiterons pas à engager un vaste chantier de reprise en main des biens vacants et sans maître et des hectares forestiers des communes non gérées. Parce que l'un ne peut pas aller avec l'autre. Et nous allons sortir d'une forme d'hypocrisie qui parfois existe. Nous réduirons ainsi le morcellement des terres qui conduit fatalement à une dilution des responsabilités. [..] quand le feu survient, il est trop tard pour mettre en cause des négligences. Et la jachère désordonnée est le meilleur allié du feu. Aussi, je crois profondément qu'une remise en gestion d'une partie de la forêt est nécessaire pour mieux lutter contre les incendies, maximiser nos capacités d'absorption carbone."

Les propos tenus par Emmanuel Macron le 28 octobre ont notamment été salués par les sénateurs à l'origine de la diffusion cet été d'un rapport d’information contenant 70 propositions en faveur de la prévention et de la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie. "Les propositions qui émanent de ces travaux feront l’objet d’une proposition de loi déposée en novembre, pour remettre à niveau notre stratégie de prévention et l’étendre à des territoires nouvellement touchés par les feux, sous l’effet du changement climatique et de la vulnérabilité particulière des territoires ruraux. L’adoption du texte, qui pourra être enrichi par la délibération parlementaire et par le Gouvernement, est visée d’ici la saison des feux 2023", a ainsi indiqué le Sénat dont l'action dans ce domaine a été lancée par Jean Bacci (Les Républicains), Anne‑Catherine Loisier (ratt. Union Centriste), Pascal Martin (Union Centriste) et Olivier Rietmann (Les Républicains). Les sénateurs ont entre autres aussi salué "la désignation d’Hubert Falco, maire de Toulon, ancien sénateur et ancien président du SDIS du Var, à la tête d’une mission interministérielle sur la sécurité civile et les risques majeurs, le besoin d’une meilleure coordination entre administrations ayant été identifié par la mission comme un levier majeur de progrès dans la défense des forêts contre l’incendie".

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