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Quand le recul des forêt inquiétait... XVIIe-XXe siècle

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Crédit photo Michel Bartoli

Sur la Forêt, l’État aurait tout pouvoir, sentiment très ancien et largement répandu : les collectivités et les particuliers le pensaient, même lorsque leur possession venait d’être confirmée ; les personnes qui y circulaient, pratique usagère ou visite dominicale, le pensaient également.

La perception est justifiée : c’est là que la puissance publique intervint le plus tôt et le plus fort. Le plus tôt, parce que le domaine forestier contribuait aux finances royales, locations de terres et de chasses, concessions de mines et de sites. Le plus fort, parce que les espaces forestiers pourvoyaient à tout : sans eux, ni cueillette ni pacage ; sans bois, ni construction civile ni construction navale. Indispensable à l’économie domestique comme à la domination régalienne, la Forêt méritait protection : les autorités interdisaient de l’appauvrir, a fortiori de la convertir.

Tout était fait pour bloquer cette « dénaturation », c’est-à-dire l’affectation du fonds à l’agriculture ou à l’urbanisation. Bien sûr, parfois, l’impératif – sauver les forêts – était abandonné, exception qu’expliquait le contexte : contestation politique, affaiblissement administratif, sou- lèvement populaire, exigence financière, etc. Mais l’idée de base resta du XIIe au XVIIIe siècle, au-delà même car la protection alla croissant.

Surface sous contrôle

La sollicitude publique faisait écho à l’inquiétude générale : chacun croyait au recul constant de la Forêt, tendance amorcée au « beau Moyen Age » (XIIe-XIIIe s.). C’est vrai que l’essor démographique et technologique facilitait la culture de terres compactes et humides : la forêt régnait jusque-là. C’est faux, par contre, que le recul fut constant : cela, les contemporains ne l’appréhendaient pas, le regard embrassant seulement le présent. Pourtant, les bois récupéraient vite les territoires perdus.

Il suffisait de laisser en friche les « essarts », lopins qui mitaient les peuplements et rognaient les bordures. Ce fut le cas au « bas Moyen Age » (XIVe-XVe s.) : contrairement au précédent, pestes et guerres l’accablèrent. Elles tuaient les familles et ruinaient les villages. Le fléau passé, les survivants désertaient, le pays gardant tombes et regrets. En moins d’une génération, la végétation submergeait les habitations. Quand le désert gagnait sur les hommes, défendre l’espace forestier paraissait superflu. Cela fixa la chronologie des ordonnances sur le sujet, alternant absence et floraison.

Ce schéma médiéval, on le retrouve dans la seconde moitié du XVIe siècle, avec les guerres de religion, et tout au long du XVIIe siècle, avec la guerre de Trente Ans et les guerres de Louis XIV. Vint alors un répit, 1715-1760, où l’accroissement démographique, modéré et fragile, obligea à étendre la superficie céréalière aux dépens des friches et des landes, assez peu des forêts. Cela n’empêcha pas observateurs et commentateurs de mélanger deux notions : « défrichement » - reprise des cultures - et « déboisement » - cessation de la valorisation forestière -. Puis, derechef, la canonnade recommença, révolutionnaire et impériale, encore que, cette fois, les déplacements militaires concernèrent davantage le continent européen que les provinces françaises.

Avantage : l’armée réquisitionnant hommes et chevaux, le dessouchage était impossible. Inconvénient : l’exécutif l’emportant sur le législateur, son encadrement était tout aussi impossible. Il fallait patienter jusqu’à la victoire.

Mais la défaite survenant, les négociations diplomatiques commencèrent, puis, les traités signés (1815-1816), la préservation sylvicole fut à l’ordre du jour. Les abus, usurpation des surfaces et surexploitation des peuplements, ne causaient-ils pas le recul des forêts ? Et ces abus ne venaient-ils pas des propriétaires, incapables de gérer « en bon père de famille » qui lègue plus qu’il n’a reçu ? C’était à l’État d’y remédier. Ce discours choqua tous ceux qui voulaient, fin XVIIIe siècle, privatiser l’espace forestier (domanial, communal et religieux). Le vendre, c’était obtenir des rentrées extraordinaires, la monarchie frôlant la faillite ; c’était aussi et surtout éteindre le corps des eaux-et-forêts, trop coûteux pour la Nation et trop pesant pour le Privé.

La revendication parut satisfaite en 1789 : l’Assemblée nationale constituante vota la « propriété pleine et entière », ce qui mettait à égalité terres nobles et terres viles. Enfin, celles-ci étaient débarrassées des servitudes médiévales. Las ! la liberté accordée bénéficia davantage aux agriculteurs qu’aux sylviculteurs : leur surveillance demeura légitimée par la préservation. Certes, l’intention était louable. Mais pourquoi l’auraient-ils critiquée ?

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Michel Bartoli

Auteur

  • Andrée Corvol, directrice de rechercher CNRS, présidente du Groupe d'Histoire des Forêts Françaises

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