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Les stations forestières changent-elles ? (1/2)

Tourbière de la Grande Pile (70), une référence internationale pour l’étude des paléo- climats et en particulier de l’évolution de la végétation au Quaternaire.

Crédit photo F.Hermann

Depuis près d'un demi-siècle, des inventaires régionaux de la diversité des conditions de milieu ont été menés sur une grande partie du territoire, sous l'appellation de « catalogues de stations forestières ». Conçus comme un cadre descriptif permanent, ils ont constitué une base pour orienter la gestion forestière des massifs (Plans simples de gestion, Aménagements) ou des régions (Orientations régionales de production, Schémas régionaux de gestion sylvicole). Or depuis quelque temps, on entend - et plus rarement on lit - ici ou là que « les stations changent ». Avant que cette affirmation sibylline, émise d’autorité et répandue par colportage, ne serve de prétexte pour remettre en cause quarante ans d’investissements publics, en moyens humains et financiers, il convient donc d’y regarder de plus près.

Dans cette première partie, nous passons en revue les concepts de base, les faits déjà établis et les données disponibles. Dans une deuxième partie à venir, nous examinerons plus spécifiquement ce que les données disponibles permettent de dire ou de prédire sur les variations qui peuvent affecter les stations dans leurs trois composantes : le climat (mis en avant comme cause principale), le sol (élément le plus inerte), enfin la végétation (qui dépend des deux précédents, sans préjudice de l’action de l’homme, délibérée ou indirecte). Dans cette question où la simplicité de la formulation masque la complexité des causes et leur enchevêtrement, et qui mêle souvent sans distinction faits avérés et spéculations discutables, nous nous attacherons à distinguer et hiérarchiser les causes, les échelles de temps et d’espace. Enfin, nous envisagerons les conséquences pour la gestion forestière, à égale distance d’un immobilisme de principe et d’anticipations hasardeuses.

Retour sur un outil familier de la gestion forestière

► La conception initiale et ses évolutions

Vers le milieu du 19e siècle et avec le développement de la géographie botanique, la « station » indique dans les flores le milieu de récolte d'une plante, décrit de façon sommaire (calcaire, silice, prairie, rochers, etc.).

En forêt, la nature du terrain renvoie à la notion de fonds. Avec l’apparition de la pédologie et de la phytosociologie au tournant du siècle, le concept de station se précise et voit son acception s'élargir aux associations végétales - notamment forestières. Notons au passage que la phytosociologie (étude des associations végétales), qui au début du 20e siècle a connu un développement en Europe occidentale (France, Suisse, Allemagne, notamment) malgré quelques oppositions, n'a pas eu d'accueil favorable dans les pays anglo-saxons comme le Royaume uni ou l’Amérique du Nord. La remarque vaut aussi pour le concept de station : ce qui en tient lieu outre-atlantique, i.e. « the ecological site classification », repose sur une approche plus analytique.

Tourbière de la Grande Pile (70), une référence internationale pour l’étude des paléo- climats et en particulier de l’évolution de la végétation au Quaternaire.
F.Hermann

Dans l'après guerre, Philippe Duchaufour (1912-2000), ingénieur agronome et forestier, apporte une contribution essentielle avec sa thèse sur la chênaie atlantique française (1948), qui marque la convergence de la pédologie et de la phytosociologie, pour étudier la chênaie atlantique de trois secteurs (armoricain, ligérien et landais), plus spécialement les modalités et les causes de sa dégradation vers la lande. Sur ces bases d’une étude conjointe du sol et de la végétation, sera définie vers 1960, une définition de la station forestière, qui s’est précisée depuis au gré du progrès de ces disciplines, pour aboutir à sa forme actuelle.

Dans les années 1970, la station forestière devient un thème majeur d’écologie forestière pour les chercheurs du Centre national de recherches forestières créé à Champenoux (54) comme département forestier de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra). Les premiers inventaires et cartographies de stations voient alors le jour, ici et là, à l'occasion des révisions d'aménagement de forêts domaniales.

L'Inra élabore un document de référence sous la forme du Catalogue des plateaux calcaires de Lorraine (BECKER et al., 1980), qui inclut des applications à la gestion (mesures dendrométriques de productivité, études qualitatives sur le bois, et cartographies de secteurs). 

Retrouvez l'intégralité de l'article dans La Forêt Privée n°378. Abonnez-vous ! 

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