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La vente de bois résineux de sciage explose, l’avenir des approvisionnements en question

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Crédit photo Fabienne Tisserand
L'Office national des forêts (ONF) vient de compiler les dernières tendances du marché du bois et confirme l'explosion de la demande de bois résineux de sciage. Forte des bons résultats de ses premières ventes digitales de douglas, les coopératives CFBL et Unisylva les affichent. Quant aux scieurs d’Europe réunis en assemblée générale, ils se sont inquiétés des futurs approvisionnements en bois résineux. 

L’ONF a établi sa 6e note de conjoncture avec l’aide de l’association French Timber, association œuvrant au développement des exportations des sciages et des produits bois français sous l’égide de la Fédération nationale du bois et de France bois forêt. Plus que jamais, même si le covid-19 avait paru entraîner un mouvement en faveur de la démondialisation, les échanges de bois se déroulent sous le signe de la mondialisation.
Premier constat de l’ONF : « La demande internationale en bois de sciage de résineux explose », avec pour conséquence des prix des grumes qui repartent à la hausse pour les bois  sains de résineux blancs (sapins-épicéas), les produits déclassés par le scolyte et le changement climatique tirant toutefois vers le bas la moyenne. « Pour la majorité des essences, les prix reviennent au niveau de 2019 », explique Aymeric Albert, chef du département bois à l’ONF. « Le hêtre se stabilise, mais le chêne préoccupe ».
En bois sur pied, l’ONF fait le constat que d’avril 2020 à mars 2021, certains prix moyens baissent en raison du taux accru de bois dépérissant mis en marché - hêtre (-9 %), chêne (-15 %), pin maritime (-10 %) ou encore sapin-épicéa (-21 %), du fait de la crise scolyte – quand d’autres sont en hausse – pin sylvestre (+1 %) et surtout douglas (+26 %).
En bois façonné, sur la même période, l’ONF indique une hausse pour le douglas (+3 %) et une stabilité pour le pin maritime, et par ailleurs des baisses : pin sylvestre (-4 %), chêne (-4 %), hêtre (-5 %) et sapin-épicéa (-14 %), avec un mélange de produits déclassés et sains, notamment au sein des contrats d’approvisionnement.
L’immense succès du douglas, c’est ce qu’ont confirmé les coopératives Unisylva et Coopérative forestière Bourgogne-Limousin (CFBL), à l’issue de la vente de printemps de résineux du 20 mai dernier, organisée conjointement. « Les résultats sont à la hauteur de l’engouement actuel pour la ressource bois et les prix sont à un excellent niveau ! », a formulé la CFBL, qui a souhaité souligner la première vente dématérialisée via un système d’enchères en ligne organisée par le groupement de coopératives du centre de la France (ces deux coopératives représentent 26.000 propriétaires forestiers privés.
15 lots répartis sur les régions Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté constituaient le catalogue de près de 15.000 m³. « Ces lots avaient été sélectionnés pour leur qualité, leur bon emplacement et leur facilité de récolte » a noté la CFBL. Assurément, cette belle qualité des lots et l’accès facile ont concouru à obtenir un niveau de prix… tout à fait satisfaisant pour les vendeurs. Les lots ont en moyenne reçu 5,1 offres. 7 scieurs locaux et nationaux ont remporté des enchères. Le prix moyen s’est établi pour les lots composés à plus de 90 % de douglas à 96 €/m³ sur pied. 

Sous l’emprise du business américain et chinois
Si les tendances sont réjouissantes pour les propriétaires et leurs gestionnaires, et même si, comme le souligne Aymeric Albert, « la hausse des prix sur les grumes ne se répercute pourtant pas encore sur les recettes des propriétaires forestiers en raison de la crise climatique, qui frappe toujours les forêts et implique une dévalorisation des bois déclassés », les transformateurs du bois sont aux abois et les scieurs circonspects, et ils tentent d’analyser la situation et ses répercussions futures. 
« Aux États-Unis, les constructions de maisons sont en plein boom, avec un fort besoin de ces planches destinées à la construction, à la menuiserie ou encore à l’ameublement. La Chine achète aussi des bois de sciage et des grumes de chêne, partout où elle peut », souligne l’ONF. Cet appétit chinois et américain ne va pas sans poser de problèmes aux professionnels du bois français : pénuries, retards de chantiers et difficultés d’approvisionnement. « Historiquement, les professionnels français [de la 2e transformation (ndlr)] importent une bonne partie des bois de sciage depuis l’Europe. Mais aujourd’hui, la grande majorité de ces flux sont redirigés vers les États-Unis et la Chine », résume Benoît Généré, responsable offre et commercialisation des bois à l’Office national des forêts. « Les tensions ne se trouvent pas sur la matière bois en elle-même, hormis pour le chêne et le douglas. Elles concernent l’activité de sciages des résineux », précise de son côté Aymeric Albert, chef du département bois à l’ONF. « En France, les scieries tournent à plein régime, mais ne peuvent produire plus. Ce qui est en jeu, c’est la dépendance à l’importation et la capacité de production nationale restreinte, comme lors de la crise Covid avec la fabrication des masques qu’il était devenu difficile d’importer », poursuit-il.
Les prix grimpent « fois quatre ces derniers mois », selon Jean-François Guilbert, directeur chez French Timber.
Au niveau français, la pénurie de grumes de chênes pour les scieurs français a entraîné débats et mobilisations.  Au niveau européen, c’est une future potentielle pénurie de grumes de résineux qui été évoquée lors de l’assemblée générale de l’organisation européenne des scieries (EOS) qui s’est tenue le 24 juin. Deux facteurs la laisse présager. 
Depuis 2015, 369 millions de m³ de bois endommagé se sont accumulés rien qu'en Allemagne, en République tchèque et en Autriche, a souligné Gerd Ebner de Timber-Online. Le prix des grumes est tombé à des niveaux historiquement bas à l'été 2020. Cependant, la forte demande de grumes a par la suite fait augmenter considérablement les prix. En seulement douze mois, les prix des grumes ont augmenté de près de 50 €/m³, a-t-il expliqué. Ainsi, des prix records du bois rond ont déjà été atteints en Europe centrale ou le seront dans les semaines à venir. Les bonnes perspectives de demande de bois de sciage dans les années à venir et les bénéfices plus élevés que d'habitude permettent à l'industrie du bois d'Europe centrale d'investir massivement : dans de nouvelles scieries, de nouvelles capacités de coupe et de transformation. Cependant, l'épicéa, la plus importante essence de bois commercialement utilisable en Europe, sera de moins en moins disponible à l'avenir. En conséquence, un marché de vendeurs émergera pour le bois rond. Ainsi, après une période d'abondance de matières premières, il y aura une raréfaction des ressources dans le secteur des résineux, a-t-il été conclu à l'AG de l'EOS.
Une autre présentation à l’assemblée générale de l’organisation européenne de scieurs, par Jarno Seppala d'Indufor, était intitulée « L'interdiction d'exporter des grumes russes et son impact sur les marchés mondiaux des sciages ». Sur la base de l'annonce du président russe l'année dernière, qui a demandé au gouvernement du pays d'interdire l'exportation de bois non traité ou grossièrement transformé, les exportations de bois rond pourraient être fortement limitées à partir de l'année prochaine, si la législation entre en vigueur telle que proposée. Bien qu'il existe encore quelques incertitudes concernant le contenu de la législation – telles que la définition du bois non traité ou grossièrement transformé et la décision finale sur les assortiments et les essences – il faut s'attendre à ce que la législation ait un effet majeur sur les flux mondiaux de grumes, la Russie étant un exportateur majeur, a souligné Jarno Seppala. Les mesures russes pousseront la Chine à se diversifier loin des importations russes de grumes, ce qui pourrait exercer une pression sur les forêts européennes. Conclusion : l'approvisionnement en grumes de résineux de haute qualité sera plus cher et les acheteurs seront confrontés à une concurrence accrue. Les chiffres officiels montrent que les livraisons de grumes vers la Chine depuis l'Europe sont déjà en augmentation et, selon de nombreux membres d'EOS, il existe un risque de pénurie structurelle de grumes dans de nombreux pays européens. EOS a étudié les actions possibles sur la meilleure façon de lutter contre les effets secondaires de la législation russe pour les producteurs européens. L'un des messages clés de l'Assemblée générale a été que pour répondre à une demande qui devrait être élevée même dans les années à venir, l'accès aux matières premières sera vital pour l'industrie du sciage.
Au cours de l'assemblée générale, le secrétariat de l'EOS a également présenté quelques initiatives législatives et non législatives des institutions européennes qui devraient avoir un impact significatif sur l'industrie européenne des scieries dans les années à venir, à savoir la nouvelle stratégie forestière à venir, la révision du changement d'affectation des terres et de la foresterie et la révision de la directive sur les énergies renouvelables.
Pour la  France et le court terme, face à la situation économique inédite, « les équipes commerciales de l’ONF ont annoncé  augmenter de 15 à 20 % le volume de bois mis en vente durant le printemps 2021 par rapport au printemps 2020, en anticipant les volumes de l’automne 2021 (sans pour autant prélever plus que l’accroissement naturel des forêts publiques) », explique l’Epic dans sa note de conjoncture. Il ajoute que le label UE impose à l’ONF et aux collectivités propriétaires de forêts de vendre en priorité le chêne à des transformateurs européens, et que le site Ventesdebois.onf.fr permet de rester réactif, souple, et d’organiser des ventes de bois issus des forêts publiques en un temps record pour adapter l’offre à la demande des professionnels.

Auteur

  • Fabienne Tisserand

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