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États-Unis : prix du bois d’œuvre en chute, évolution du marché de la construction bois

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Chantier aux États-Unis, où le marché immobilier est marqué un manque de confiance cette fin 2022.

Crédit photo PickPik
Le prix du bois d’œuvre aux États-Unis a considérablement baissé, de l’ordre de 60 %, au cours de 2022. Le marché du bois d’œuvre est un « baromètre économique » pour l’économie américaine, via le marché de la construction bois, qui connaît une évolution. La Fédération des propriétaires forestiers du Québec table pour 2023 sur des prix moyens chutant de moitié par rapport aux prix moyens obtenus en 2022.

Myra P. Saefong, spécialiste des marchés du magazine américain Market Watch, s’interrogeait le 1er décembre dernier sur le futur du marché du bois d’œuvre aux États-Unis alors que, selon elle, il a été parmi les « produits les moins performants » en 2022. « Les contrats à terme sur le bois d’œuvre se négocient en baisse de plus de 60 % depuis le début de l’année », résumait-elle.

En cause une faible demande pour le bois d’œuvre issu d’un « manque de confiance dans le marché immobilier américain, dans un contexte de forte hausse des taux d’intérêt et des taux hypothécaires », tel que révélé par l’analyste principal de chez HTS Commodities, Walter Kunisch Jr.

Le département du commerce venait d’annoncer pour octobre une diminution de 4,2 %, à un taux annuel désaisonnalisé de 1,425 million, de la construction résidentielle neuve aux États-Unis. L’activité de construction décroît car les acheteurs potentiels préfèrent le locatif, a précisé l’analyste, selon lequel le taux hypothécaire moyen national sur 30 ans (qui s’est affaibli au cours des dernières semaines pour s’établir à moins de 7 %) reste, à 6,78 %, à « des sommets jamais vus depuis décembre 2001 ».

Face à une faible demande, l’offre reste importante, ce qui induit également les prix bas. Le dollar fort ou le besoin de reconstituer des stocks favorisent les importations, quand de nouvelles productions de bois d’œuvre ont été installées aux États-Unis. Ce dernier phénomène est vu d’un bon œil par Scott Reaves, directeur des opérations forestières chez Domain Timber Advisors, dans la mesure où il induira un resserrement de l’offre de grumes et donc des prix plus haut… pour les propriétaires forestiers, à condition qu'ils vendent quand la demande redeviendra haute.

Domain Timber Advisors s’attend à un ralentissement de la demande de bois d’œuvre au cours des deux prochaines années environ, jusqu’à ce que la demande commence à augmenter à mesure que la génération du millénaire atteindra l’âge d’acheter un logement !

Nouvelles tendances dans la construction bois

À noter que le rapport du 15 décembre du « Tropical Timber Market (TTM) Report » de l’ITTO fait état d’une analyse des économistes du site immobilier Zillow plus optimiste pour les USA. Selon eux, « malgré le doublement des taux hypothécaires depuis 2019, l'abordabilité s'améliorera en 2023, car la valeur des maisons devrait rester relativement stable ou même chuter sur certains marchés ». Pour eux, cela sera surtout vrai dans certaines régions où les coûts hypothécaires resteront raisonnables par rapport aux revenus (Missouri, Kansas, Iowa et Ohio, certaines régions de l'Illinois), pas dans le Midwest. « Plus de famille et même d'amis mettront leurs ressources en commun pour faire un achat ». Dans une enquête du début de cette année, Zillow a constaté que 18 % des acheteurs récents avaient acheté avec un ami ou parent qui n'était pas un conjoint ou un partenaire. Plus de nouvelles constructions proviendront du marché locatif, selon Zillow. Et s’il y a une surabondance de logements unifamiliaux à la suite du boom pandémique, les constructeurs se sentent plus optimistes pour les unités multifamiliales (hausse de 8 % en octobre depuis les niveaux d'avant la pandémie de ce type de logements).

Une tendance se dessine ainsi au logement collectif aux États-Unis, qui n’est pas sans rappeler la volonté de développer les villes qualifiées d’ « intelligentes » ou « smarts cities » exprimées par les instances internationales et européennes. Au niveau national en France, la mesure dite Zan (Zéro Artificialisation Nette) de la loi climat et résilience publiée au JO le 24 août 2021, fixant aux territoires de baisser de 50 %, d’ici à la fin de la décennie le rythme d’artificialisation et de consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers, soulève, limitant de fait des constructions étalées, beaucoup de questionnements. Certains ont été évoqués récemment dans la Mission conjointe de contrôle relative à la mise en application du "Zéro artificialisation nette" (ZAN) conduite par le Sénat.

La maison individuelle restant une importante part du marché des PME de la construction bois en France, celles-ci risqueraient d’être impactées si venait à se dérouler en France un phénomène similaire à celui des États-Unis, de développement du « locatif collectif », suite à la paupérisation induite par les états d’urgence déclarés en 2020 (et chez nous, désormais, par les faillites dues à la politique énergétique).

Le marché du bois d’œuvre est le reflet, dans une certaine mesure, du marché de la construction bois et donc du tissu des entreprises de la construction bois – désormais constitué de majors à côté des PME. Son avenir dépend ainsi des évolutions sociales engagées à marche forcée depuis 2020. Selon quel plan ? Le livre « The great reset » ou « La grande réinitialisation », du dirigeant du Forum économique mondial (FEM) de Davos, Klaus Schwab, en énonce un, qui semble à peu près suivi par presque tous les dirigeants occidentaux, beaucoup étant d’ailleurs passés par le programme de formation du FEM intitulé « Young global leaders ». L’un des slogans les plus connus du FEM est : « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux »… un programme qui donne à réfléchir, car il ne devrait pas manquer, s’il venait à se réaliser, d'impacter les profils du secteur de la construction et du marché du bois d’œuvre, pas forcément à l'avantage des PME…

Les forestiers du Québec craignent une « période tranquille » de l'industrie du bois

Si Domain Timber Advisors affiche un certain optimisme vis-à-vis des ventes futures de grumes compte tenu de l'augmentation des capacités de production aux USA, la Fédération des producteurs forestiers du Québec reste pour sa part circonspecte pour le proche avenir. Elle pointait le 8 décembre 2022, alors que l'inflation au Canada s'établissait à 6,9 %, le ralentissement de la construction résidentielle aux États-Unis, accusant un retard de 8,8 %. « Le rythme de construction des résidences unifamiliales, baromètre de la demande pour les matériaux de construction en bois, a même chuté de 21 % en octobre 2022 », précisait la Fédération.

Relativement à l'impact pour le marché des matériaux de construction en bois, les forestiers québécois notaient que « la baisse de la demande des matériaux de construction en bois découlant du ralentissement de la construction et de la rénovation entraîne des conséquences sur l’offre. À cela s’ajoutent des contraintes de main-d’œuvre, amplifiant la baisse de la production du bois d’œuvre. Après 8 mois cette année, la production canadienne de bois d’œuvre résineux a chuté de 8,9 %, alors que celle du Québec a diminué de 6,8 %. À l’échelle de l’Amérique du Nord, on anticipe une baisse de 3,0 % cette année et de 3 à 5 % en 2023 ».

Concernant les panneaux de construction en bois, ils relataient une production nord-américaine accusant cette année un retard de 1,4 % après 3 trimestres. « Les producteurs canadiens de panneaux OSB (Louisiana-Pacific, Forex, West Fraser, Arbec, etc.) font toutefois mieux, avec une hausse de production se chiffrant à 1,9 % », précisaient-ils.

Pour 2023, ils anticipent une diminution de moitié du prix moyen du bois d'œuvre par rapport à 2022 : « Ce ralentissement de la demande supprime la pression existante depuis la pandémie sur les matériaux de construction et fait baisser les prix du bois d’œuvre et des panneaux OSB. Les prix connus en 2021-2022 suivent déjà un parcours de normalisation. Dans l’ensemble, ces prix devraient chuter de moitié en 2023 par rapport aux prix moyens obtenus en 2022 ».

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Représentation de l'évolution des cours du bois d'oeuvre aux États-Unis et au Canada proposée par Fédération des producteurs forestiers du Québec.
Crédit photo : Fédération des producteurs forestiers du Québec/Random Lengths

Ils concluaient : « Avec le risque d’une récession qui se présage et crainte par de nombreux agents économiques, un ralentissement de l’industrie du bois pourrait bien se maintenir pour les prochains mois. Bien que la question sur la récession reste à débattre, il semblerait que l’inflation prenne du temps à diminuer et que l’économie demeure au ralenti. Une diminution éventuelle de l’inflation, puis des taux d’intérêt sera nécessaire pour inciter de nouvelles mises en chantier. Ainsi, il est probable que l’industrie du bois connaisse une période postpandémique plus tranquille après une croissance vigoureuse ».

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