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En forêt sacrée de la Sainte-Baume, cultes chrétiens et rites païens

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D'après Christian Vacquié, au moins 300 ans d'âge pour ce vénérable hêtre.

Crédit photo B. Rerat

La forêt de la Sainte-Baume offre un faciès unique en Provence : elle abrite une hêtraie relique considérée comme sacrée. Rencontre avec Christian Vacquié, l’ancien garde des lieux.

La Sainte-Baume n’est pas une forêt comme les autres. Ce hiatus écologique, dont l’éperon rocheux brave fièrement le pays de Pagnol et la Sainte-Victoire de Cézanne, recèle tous les ingrédients d’une chronique populaire qui n’en finit pas de durer à travers les âges. La vénération de l’endroit et son renom remontent probablement à l’époque préchrétienne et se perpétuent encore de nos jours.
Le lieu surprend le visiteur par la présence anachronique d’un vieux peuplement de hêtre dans un contexte méditerranéen qui l’assaille de toute part. L’existence de cette vénérable hêtraie, dont l’origine pourrait dater du Néolithique, tient à différentes raisons : position en ubac d’un pied de falaise culminant à 1 147 m d’altitude, nébulosités persistantes en toute saison, conditions édaphiques favorables, perturbations anthropiques limitées dans le temps…

Hêtraie relique

En résulte, sur moins d’une centaine d’hectares, une curiosité botanique comme nulle part ailleurs autour de l’arc méditerranéen : une hêtraie relique qui s’apparente à la forêt originelle avant l’intervention de l’homme. À une portée de canon à peine de la cité phocéenne, des spécimens uniques de hêtre, âgés d’au moins 300 ans, culminent à 40 m de hauteur totale pour une circonférence de 4 m à 1,30 m du sol. À leur pied, des ifs encore plus vieux (500 ans d’âge ?) et des houx remarquables se dressent à presque 20 m d’élévation accompagnant en sous-étage les vieux fayards.
En contrebas de cette partie sommitale, et à mesure de la descente, se découvre une grande variété de faciès forestiers : érablière à feuilles d’obier, tilleraie à grandes feuilles, chênaie pubescente… Vers 600 m, la végétation prend un caractère résolument méditerranéen où dominent le chêne yeuse, le chêne kermès et le pin d’Alep.

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D'après Christian Vacquié, au moins 300 ans d'âge pour ce vénérable hêtre.
Crédit photo : B. Rerat
 
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Une forêt magique.
Crédit photo : B. Rerat

Un étrange personnage

« La hêtraie relique n’est pas la seule curiosité de la Sainte-Baume », nous dit Christian Vacquié. Cet endroit unique, ce forestier à la retraite le connaît parfaitement : pendant un quart de siècle, il a été le technicien de l’ONF en charge de la forêt domaniale de la Sainte-Baume. À l’origine, la forêt sacrée ne compte que 138 hectares. Pour mieux la protéger, l’État français a multiplié les acquisitions, le massif s’étend désormais sur 2 076 hectares répartis en différents tenants.
Christian Vacquié semble aussi singulier que la forêt de la Sainte-Baume. Le bonhomme se dit doué d’un talent de sourcier et les gens le soupçonnent aussi d’être une sorte d’enchanteur. Même s’il se tient sur sa réserve, Christian Vacquié n’est pas du genre à passer inaperçu. Sa personnalité intrigue les uns, fascine les autres mais ne laisse personne indifférent.
Il continue de vivre en profonde communion avec la Sainte-Baume. Adepte d’une sorte de yoga des énergies depuis 34 ans, il agrémente sa pratique de postures personnelles comme celle de l’arbre ou de la montagne qu’il dit créer à partir d’une expérience vécue en forêt, d’une sensibilité éprouvée parmi les arbres.

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Dans la grotte aux œufs, des rites païens…
Crédit photo : B. Rerat
 
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De vieux ifs aux formes étranges.
Crédit photo : B. Rerat

Lieu mythique

L’ancien garde forestier nous décrit la Sainte-Baume tel un lieu mythique, un petit bois sacré où les ramures des vénérables hêtres bruissent au vent de légendes et de fables invérifiables. Ne cherchez pas à la Sainte-Baume quelque vérité historique sur l’esprit du lieu et sur sa spiritualité. Vous seriez déçu car, ici, nous sommes dans le monde fabuleux des chimères.
Au IVe siècle, Jean Cassien y fonde un ermitage pour veiller sur la grotte où Marie-Madeleine aurait vécu. Des moines cénobites lui succéderont. Depuis le XIe siècle, la grotte transformée en chapelle est le lieu d’un pèlerinage chrétien. Après Saint-Louis au retour de croisade, d’autres rois de France viennent s’y recueillir, conférant au site un statut privilégié de protection.
Christian Vacquié voit la Sainte-Baume bien plus qu’un symbole de la chrétienté. « Des fouilles archéologiques ont mis à jour des restes humains datant de 130 000 ans. » Il est probable que des rites animistes très anciens existaient bien avant l’arrivée des chrétiens et que le culte de Marie-Madeleine s’est substitué à celui d’Artémis, déesse de la nature sauvage et des accouchements et vénérée par les Grecs fondateurs de Marseille. Des cérémonies païennes, liées à la fécondité, qui, aujourd’hui encore, seraient toujours pratiquées dans cette forêt magique…

Forêt sacrée et cultes datant de temps immémoriaux

Lors d’une conversation avec Christian Vacquié, Pierre Roumel, journaliste au quotidien Le Provençal décédé en 2015, révélait que dans son enfance sa mère et les femmes de son village montaient à la Sainte-Baume pour s’y livrer à de bien curieuses cérémonies. Celles-ci, d’ailleurs décrites dans un des ouvrages de Jean-Paul Clébert*, consistaient à déposer en certains lieux de la forêt sacrée des pierres formant un triangle avec l’une d’entre elles érigée en son centre. Ce rituel était censé garantir dans l’année, à la femme mariée une naissance et à la jeune fille un mari.
D’autres témoignages sérieux relatent de pratiques ayant cours encore aujourd’hui. Ainsi, d’après le frère Didier Vernay, dominicain au Couvent de la Sainte-Baume, de jeunes papas adeptes de la confrérie de la Fraternité blanche universelle venaient encore récemment enterrer le placenta d’un fils nouveau-né au pied de certains arbres afin que l’enfant y puise vigueur et force. Ce même religieux – comme le garde forestier Christian Vacquié – n’hésite pas à affirmer qu’il a quelquefois rencontré des druides prélevant du gui sur d’augustes chênes de la sainte forêt.
Plus étrange encore, certains soirs de printemps et d’été, des échos de fêtes vestales proviendraient du pied de la falaise de la Sainte-Baume, d’un endroit identifié comme étant celui de la grotte aux œufs. Celle-ci est connue depuis des temps immémoriaux pour accueillir un culte propice à la fécondité des jeunes mamans. Quelques auteurs font remonter cette antique coutume à la vénération de la déesse Artemis, bien avant que les Chrétiens ne s’approprient la forêt sacrée de la Sainte-Baume. « Ces croyances très anciennes existent encore, admet le frère Didier, nous ne pouvons pas le nier et nous les rencontrons régulièrement. »

La forêt de la Sainte-Baume

Localisation : Parc naturel régional de la Sainte-Baume (Var – France)
Statut : forêt domaniale et réserve biologique
Particularité : lieu de pèlerinage depuis le XIe siècle à la grotte de Marie-Madeleine
Gestionnaire : ONF
Surface : 2 076 hectares
Altitude : mini 320 m, maxi 1 147 m
3 étages de végétation :
- mésoméditerranéen (__SWYP_INC__ 600 m) : pin d’Alep, chêne vert, chêne kermès…
- supraméditerranéen (600-800 m) : chêne pubescent, érable à feuilles d’obier, pin sylvestre…
- montagnard (> 800 m) : hêtre, tilleul à grandes feuilles, if…

Arbres emblématiques* :
- l’if doyen : circ. 3,70 m, 500 ans
- le houx géant : circ. 1,51 m, hauteur 19,85 m
- l’érable penché (à feuilles d’obier) : circ. 2,10 m, hauteur 33 m
- le hêtre monumental : circ. 4,00 m, hauteur 44 m

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