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Le Grand Palais éphémère pour toujours

Au moment où Paris se réveille avec une massue de Damoclès façon météorite de Jean Nouvel, l’atterrissage du Grand Palais éphémère sur le Champ-de-Mars s’est fait avec une grande douceur. 

Crédit photo © Wilmotte

La 10e édition du Forum international bois construction, prévue à Paris en avril 2020, occupe le Grand Palais éphémère du Champ-de-Mars du 15 au 17 juillet 2021. C’est la première opportunité pour un grand événement de la filière française du bois depuis le salon Eurobois en février 2020, soit 1,5 ans auparavant. Le cadre, l’enjeu, le programme, l’envie jouent en faveur d’une édition sur une date pourtant inhabituelle, dans un marché au bord de la crise de nerfs, au sortir de la pandémie, où les acteurs lorgnent plus vers la plage et la détente que vers l’affirmation militante du sauvetage de l’humanité par la construction biosourcée.

Nous saurons début juillet si la RE 2020 aura passé l’étape de l’enquête publique sans obstacle. Souvenons-nous toutefois du début de l’année avec la missive commune et anti-RE 2020 de six des plus représentatives organisations professionnelles du BTP. D’ailleurs, la remise en cause de la RE 2020 et de sa prise en compte du carbone biogénique peut également hérisser des intérêts internationaux. Si plaintes il y a, la mise en pratique de la RE 2020 pourrait être retardée à plus tard dans l’année 2022 et quant à son contenu, il est à craindre qu’il serait alors édulcoré.

D’un autre côté, l’objectif de la neutralité carbone est entériné au niveau européen, à l’exception de la Pologne. En France, le gouvernement l’a inscrit dans le marbre, ou plutôt taillé dans le bois. Il manque encore une définition précise des paliers et, en dérivé, des échéances réparties selon les métiers, dont celui de la construction. La Stratégie nationale bas carbone, sur laquelle la RE 2020 est officiellement rivée, doit être rapidement revue pour cadrer avec la loi européenne sur le climat annoncée au printemps lors de la journée de la Terre. On ne sait pas, pour l’heure, ce que signifiera pour la France le relèvement européen des seuils à 55% de diminution de GES par rapport à 1990, au lieu de -40%. La France en est aujourd’hui à environ -15% et en principe, elle doit passer en huit ans et demi de -15% à -55% si elle se place dans la moyenne européenne. C’est énorme ! Le bâtiment pèse au moins pour 40% dans les émissions humaines de GES. Jusqu’à présent, cette place majeure du bâtiment avait été occultée par les catégories scientifiques choisies par le Giec et les gouvernements. Mais face aux obligations impératives vis-à-vis de l’Europe et de la COP 21, une RE 2020 au petit pied n’aurait aucun sens. Il faut donc prendre en compte le carbone biogénique et laisser une vraie chance à la construction biosourcée.

Cesser de construire l’inhabitable de demain

La tâche est ardue, car on ne s’accorde même pas, aujourd’hui, sur le bilan carbone du bois comme seul matériau. Et pourtant, impossible d’attendre l’issue des batailles d’experts et autres lobbyistes pour avancer. D’une part, parce que la construction est tout confondu un contributeur gigantesque aux émissions de gaz à effet de serre. On estime ainsi que 15% des circulations de camions en Ile-de-France se rapportent à des mouvements de terre et d’évacuation de gravats. Une région fière d’avoir construit cette année, en conformité avec son programme, 60.000 logements, mais à quel prix environnemental ? Les logements collectifs dérogent toujours à la RT 2012, tandis que construire en fonction de cette Réglementation thermique obsolète, c’est créer des logements qui seront sans doute inhabitables à l’horizon de 2050, si l’on en croit Sébastien Maire, délégué général à la Transition écologique et à la Résilience à la ville de Paris. En ligne de mire, notamment, l’exposition plein sud des baies dans la perspective de capter des apports d’énergie gratuits à l’intersaison. Depuis dix ans, malgré de beaux discours autour du bois et du biosourcé, la France, et notamment l’Ile-de-France, a construit pour l’essentiel des logements qui n’auront d’autre recours que de s’équiper de systèmes de climatisation renforçant encore l’effet caniculaire et dotés de gaz extrêmement polluants.

Une décennie perdue

Face à cela, la construction bois et biosourcée n’a pas progressé depuis dix ans. La crise subie a empêché d’effectuer des investissements qui permettraient d’adapter cette technique constructive au contexte caniculaire à venir, mais aussi aux problèmes de pollution, de tempêtes, sans parler des troubles sociaux. À la place, la construction bois n’a cessé d’essayer de s’adapter à des exigences de protection passive contre l’incendie constamment relevées en dépit du bon sens, comme pour oublier que c’est d’abord la terre qui brûle. Il est acquis que dans la foulée, la même carotte de respectabilité technique et sécuritaire va être tendue aux produits biosourcés, comme s’il s’agissait de vaches à lait pour les laboratoires et autres certificateurs, et non de réponses urgentes à un impératif vital.

Malheureusement, au sein même de la filière bois, les organismes professionnels qui sont censés défendre les intérêts de leurs contributeurs sont comme tétanisés ou déboussolés par ce qui se passe autour d’eux. Il est vrai qu’ils étaient habitués à défendre le recours au bois de façon cor- poratiste, et aussi l’activité constructive. Alors que désormais, il s’agirait plutôt de promouvoir un mode de construction frugal, local, et sans doute une limitation des opérations de construction. Signe révélateur d’une décennie perdue, les in- terminables travaux de refonte du DTU 31.2 ont débouché sur un document qui exclut les isolants biosourcés au profit des seules laines minérales dont le bilan carbone n’est pourtant pas reluisant. La grande affaire, c’est que l’ossature bois peut aujourd’hui grimper jusqu’à 28 mètres, en théorie du moins. Mais à l’aune du choc climatique, grimper si haut a-t-il encore seulement un sens ? Le mot d’ordre de la densification est devenu depuis longtemps le sésame pour justifier toutes les opérations de promotion en tissu urbain, sans qu’on n’évoque seulement la façon dont ces espaces artificialisés et entassés pourront être alimentés et desservis dans un avenir proche.

Une filière très bas carbone

Un congrès comme le Forum international bois construction, dédié depuis dix ans à la construction bois et biosourcée en France, surajoute son bilan carbone à celui de sa filière. On n’a pas affaire à la jet set congressiste pour autant, et au fil des éditions menacées par les grèves des transports, le covoiturage s’est développé tandis que le raccordement au réseau ferré est privilégié. Il n’empêche que ce genre d’événements s’accompagne souvent d’un certain gâchis. Il en va du Forum comme du bois construction en général. Ce n’est pas parce que le bois stocke du carbone qu’il est au-dessus de tout soupçon. L’offensive actuelle du béton, avec son «béton bas carbone», est là pour le rappeler : stocker du carbone ne suffit pas en soi, il faut des systèmes vertueux et locaux, de l’économie circulaire. Dans cet esprit, les initia- tives spécifiques de cette 10e édition du Forum, extrêmement contraignantes pour la petite équipe menée par Nicole Valkyser, sont symboliques. Les stands, conçus par les élèves de l’Ensa de Paris-Belleville sous l’égide de l’architecte-enseignant-sculpteur Ludovik Bost, font appel aux propriétés du hêtre massif et des panneaux en contreplaqué de peuplier. Ils sont démontables grâce à un ingénieux assemblage par coins de bois, et il s’agit bien pour la filière bois française d’en faire son équipement de référence pour tous les événements à venir, pas seulement les prochaines éditions du Forum. D’autant qu’avec ces stands, le bois fait irruption dans le secteur de l’équipement standard des espaces d’exposition, où l’aluminium règne en maître.

Le casse-tête de l’auditorium

En complément des stands qui se devaient de pouvoir dialoguer avant un environnement somptueux et grandiose, et qui ont été organisés par le scénographe Alexandre Labasse (Pavillon de l’Arsenal) selon un agencement pédagogique adapté à la présence exceptionnelle du grand public, l’impérative création d’un auditorium éphémère a constitué un défi presque démesuré.

Ne s’agissait-il pas de concevoir un ouvrage en bois montable et démontable très rapidement, pouvant accueillir des centaines de personnes, et pour lequel il fallait surtout trouver un réemploi après le Forum ? La solution est finalement venue par l’architecte Steven Ware, qui a mobilisé les ressources de son invention de parois cintrées en CLT. Une invention française de ce Français d’adoption qui est le plus ardent promoteur de la construction bois multiétage depuis une quinzaine d’années, avec une impressionnante série de réalisations à l’appui. Ney and Partners, le grand BE bois belge, a contribué aux calculs, puis surtout la galaxie CBS-CBT-Lifteam menée dans ce cas précis par Jean-Luc Sandoz avec Aurélien Deschamps. Nicole Valkyser a engagé un partenariat avec les élèves charpentiers de Libramont, de sorte que l’Auditorium éphémère Grand Palais, imaginé par le très européen Steven Ware, en douglas français fabriqué en France mais taillé puis monté en Wallonie, avec l’appui décisif de l’ingénierie de CBS à Lausanne, est la résultante d’un programme européen francophone.

Le bois qui manquait tant

Douglas pour le CLT cintré de l’auditorium, douglas encore pour le totem réalisé par les élèves de l’ESA de Paris et de la Fabrique collective sous l’égide de Fabienne Bulle et Alexandre Schrepfer, hêtre et contreplaqué de peuplier pour les partitions de stands «Tréteaux Belleville», tables «Ceci n’est pas une porte» réutilisées à partir des portes de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Paris : dans sa diversité et sa complémentarité, le bois se décline au Forum avec des allures de manifeste, et habite un espace formé par la magnifique charpente du Grand Palais éphémère. Dans la logique militante de cette édition coup de poing, une analyse fine des émissions du Forum sera menée et révélée, tandis que la replantation d’une parcelle scolytée de deux hectares sur la commune de Belleau, au nord de Nancy, par les congressistes au prix de 5 euros le plant permettra non seulement de venir voir pousser les arbres au cours des prochaines éditions nancéennes du Forum (avril 2022, puis 2024, puis 2026 etc.), mais surtout de compenser effectivement les émissions du Forum 2021 au rythme de 10 tonnes par an.

10e Forum International Bois Construction

Du 15 au 17 juillet 2021, Paris, Grand Palais éphémère, Champ-de-Mars Renseignements et inscriptions : www.forum-boisconstruction.com

 

Deuxième Transformation

Construction bois

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