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Un nouveau bâtiment 100 % bois pour l’ONF

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« La structure bois permet une grande liberté de conception et la création de vastes plateaux, aux ambiances chaleureuses », remarque Samuel Poutoux, de l'atelier WOA.

Crédit photo Camille Gharbi

L’Office national des forêts a récemment inauguré à Maisons-Alfort (94) son nouveau siège. Réalisée intégralement à partir de bois issu des forêts gérées par l’ONF, cette construction prend le contre-pied de la tour en béton qu’elle remplace, et constitue une opération symbolique à plusieurs titres.

Construit en bois issu des forêts gérées par l’ONF, le projet a été conçu par les agences d’architecture VLAU et Atelier WOA, offrant à l’établissement public un bâtiment avant-gardiste, porté par une innovation tant technique que sociale. Prenant le contre-pied du siège existant de l’ONF – une tour en béton de bureaux superposés et cloisonnés, symptomatique de l’architecture fonctionnaliste des Trente Glorieuses et situé dans le 12e arrondissement de Paris – le nouveau bâtiment se déploie en une succession de plans horizontaux, suspendus entre la ville de Maisons-Alfort et le parc de l’école vétérinaire.

Cette opération, qui s’appuie sur l’expertise forestière et humaine de l’ONF, se distingue à plusieurs titres : « Il s’agit d’un processus de construction bois tout simplement inédit en France, porté par le fort engagement de l’ensemble du groupement à stimuler la filière française et à mobiliser des ressources strictement locales. C’est actuellement la seule opération de cette ampleur réalisée ainsi », soulignent les responsables de l’ONF.

On retiendra, de fait, que cette opération 100 % bois (le matériau étant dans ce cadre employé depuis la structure jusqu’aux aménagements intérieurs) a en outre été réalisée intégralement en circuit court, sachant que les charpentes, ossatures et planchers proviennent des forêts domaniales gérées par l’ONF, et plus précisément des régions Grand Est, Centre, Pays de la Loire. Bénéficiant d’un excellent bilan carbone, l’idée de cette construction constitue par ailleurs une réflexion sur les modes de travail participatifs et innovants.

On notera que la notion de réemploi est au cœur de ce projet : les ressources présentes sur le site ont ainsi été revalorisées dans le nouveau bâtiment. Les pierres du mur d’enceinte de l’EnvA par exemple, démolies pour intégrer le nouvel édifice, en constituent désormais le soubassement côté rue. Le bois d’un robinier existant a en outre été débité en plateaux, séché puis assemblé. Il est devenu la banque d’accueil principale de l’atrium d’entrée.

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« La structure bois permet une grande liberté de conception et la création de vastes plateaux, aux ambiances chaleureuses », remarque Samuel Poutoux, de l'atelier WOA.
Crédit photo : Camille Gharbi

Un bâtiment emblématique

Le bâtiment se déploie en deux ailes distinctes : l’aile Nord côté rue, qui développe des espaces de bureaux dits "traditionnels" mais évolutifs ; et l’aile Sud côté jardin où se déploient les espaces collectifs, dédiés à des nouvelles formes de travail. « Nous avons voulu créer une construction qui se fond dans le paysage urbain, et avons fait le choix d’une architecture en harmonie avec le contexte », souligne Vincent Lavergne, de l’agence VLAU, qui ajoute : « Nous avons pensé l’édifice comme un lieu social où le collectif serait le maître mot avec des espaces collaboratifs et de nombreuses connexions visuelles. Le design de l’extérieur et celui de l’intérieur ont été pensés de concert. Ce bâtiment est une construction organique qui vise à améliorer les conditions de travail des personnes qui l’habitent ».

« Sans bois, il aurait été impossible de concevoir le même lieu. Structure et spatialisation sont étroitement imbriquées à la fois dans la forme, dans le vocabulaire des éléments structurels et dans la matérialité que cela procure à l’intérieur du bâtiment », estime quant à lui Samuel Poutoux, de l’atelier WOA : « La structure bois permet une grande liberté de conception et la création de vastes plateaux, aux ambiances chaleureuses. À l’image d’un arbre, l’axe vertical développe une série de plateaux qui rayonnent autour de lui. La structure, composée de poutres treillis en bois, s’y rattache comme des branches à un tronc afin de limiter les points porteurs et de générer des espaces ouverts offrant de grandes continuités visuelles ».

La rue intérieure participe elle aussi de cette allégorie sylvestre. De grands poteaux s’élancent vers le plafond décoratif de tavaillons suspendus, et le bois y est omniprésent : « Ce dispositif d’organisation spatiale évoque un chemin forestier qui déclinerait tous les éléments de la forêt, depuis la naturalité des « troncs » disposés de manière aléatoire jusqu’au « feuillage » du plafond » explique Samuel Poutoux : « Tous ces messages que nous avons réussi à faire passer collent complètement à l’identité de l’ONF, ainsi qu’au travail de terrain qu’ils effectuent aujourd’hui en France ».

Les représentants de l’Office soulignent quant à eux que ce nouveau bâtiment « représente une véritable expérience immersive et sensorielle au plus près du matériau bois. Partout on le voit, on le touche, on le sent. Ce nouveau siège est à ce titre un projet emblématique du lien qui perdure entre l’Homme et la Forêt ».

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Les plancher PNM Azurtec ont été réalisés avec des CLT à base de pin fournis par Piveteau, puis collés sur des lamellé-collé à base d'épicéa par l'entreprise Mathis.
Crédit photo : Mathis

Bois français et dynamique locale

« Cette opération est la première en France d’une telle ampleur à être construite en bois provenant exclusivement des forêts françaises », soulignent les responsables de l’ONF. Comment construire un bâtiment bois en ne faisant appel qu’aux ressources locales, et par là même interroger la capacité de la filière bois française à travailler en circuits courts, tout en garantissant la traçabilité de la matière première ? Tel est le défi que les différents acteurs du projet se sont fait fort de relever.

Malgré le fait que, techniquement, le travail des essences de bois français est généralement plus compliqué que celui des bois d’Europe de l’Est ou du Nord, qui poussent droit et lentement, les architectes ont choisi de faire de cette spécificité une force, et d’utiliser les différentes essences disponibles suivant les avantages qu’elles procurent et les contraintes qu’elles imposent : les résineux pour l’ossature et les feuillus pour les aménagements intérieurs et l’ameublement. « Le matériau bois nous permet vraiment de dérouler toutes ces innovations spatiales et techniques… qui, en retour, font de ce système constructif une réponse extrêmement pertinente en termes de qualité d’usage du bâtiment » explique Vincent Lavergne : « Le bois est le matériau idéal pour rendre possible tout ce qu’on a cherché à exprimer dans ce projet ».

Le nouveau bâtiment de l’ONF en quelques chiffres

Montant de travaux : 24,5 millions d’euros HT

Temps de travaux : 20 mois

Surface au sol : 2 050 m²

Surface de plancher : 7 650 m²

Surface de terrasses accessible : 130 m²

6 niveaux + 1 sous-sol

Environ 365 postes de travail

60 places de parking

Tous les acteurs de la filière

L’ensemble du bois a été fourni par l’ONF un an avant le début du chantier. Les grumes, troncs encore couverts de leur écorce, ont été transformées par des scieurs de l’est et l’ouest de la France. Plusieurs entreprises de la filière forêt bois française ont participé au projet, chacune prenant en charge une partie spécifique : c’est ainsi que les produits CLT conçus à partir de sciages d’essence pin et douglas ont été fournis par l’entreprise Piveteau située à Sainte-Fleurence (85), celle-ci prenant aussi en charge le collage des produits. Les planchers PNM Azurtec ont été réalisés avec des CLT à base de pin fournis par Piveteau, puis collés sur des lamellés-collés à base d’épicéa par l’entreprise Mathis.

Concernant les produits lamellé-collé, ils ont été conçus à partir de sciages d’épicéa fournis par la scierie Mandray située à Taintrux (88), sciages qui ont ensuite été collés et taillés là aussi par l’entreprise Mathis située à Muttersholtz (67). Quant aux produits ossature bois, les bois massifs ont là encore été sciés par Mandray, puis mis en œuvre chez Mathis.

Au niveau des moyens techniques mobilisés chez le spécialiste alsacien de la construction bois (Mathis étant spécialisé, pour rappel, dans la conception, fabrication et construction de grands bâtiments en bois et de bâtiments publics en bois, NDLR), Éric de Taddeo directeur industriel chez Mathis, explique que « 800 m3 de produits finis ont été usinés sur la ligne de production de collage et de taille des bois lamellé-collé, les lignes de production des collages et de production d’assemblage ossature bois, ayant aussi été utilisées, de même que l’atelier de production des connecteurs métalliques. La préfabrication du chantier s’est déroulée sur une période de cinq mois », le projet global ayant vu le jour en seulement trois ans.

Construction bois

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