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Le Village olympique, un tremplin pour la filière bois construction

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Vue du programme de bureaux et logements pour les athlètes réalisé par Vinci dans le quartier Universeine du Village olympique. Le bâtiment est celui situé entre les deux grues).

Crédit photo N. Jaupart-Chourrout

Le CNDB organisait le 10 mai dernier une visite d’un des chantiers du village des athlètes des Jeux olympiques et paralympiques 2024, à Saint-Denis en région parisienne, à destination des acteurs de la filière construction bois.

Le Village olympique des JO Paris 2024 a été conçu dès l’origine comme précurseur de la ville de demain, avec des constructions réversibles, sobres en consommation d’énergie fossile (bas carbone), et reconvertibles par la suite en logements ou équipements pérennes. Une occasion de « booster » les innovations, dans laquelle la filière bois construction tient une place essentielle puisque le cahier des charges pour le Village olympique prévoit que « tous les immeubles de moins de huit étages seront construits en bois et les immeubles de plus grande hauteur seront réalisés en matériaux mixtes associant le bois ». Sur les 280 000 m2 du Village olympique, 200 000 m2 auront des façades bois et 80 000 m2 seront en structure bois.

Un bâtiment pensé pour être reconverti

Le projet visité est un programme de 11 000 m2 de surface utile (17 000 m2 avec les parkings et les terrasses) de locaux divers pour les athlètes, réalisé par Vinci construction. Le bâtiment est appelé à être reconverti en bureaux ou en logements par la suite (dans la phase dite « héritage »), et a été conçu dans ce but dès l’origine, cumulant les contraintes de construction de bureaux avec celles des logements (les hauteurs minima de plafond sont différentes, 3,60 m pour des bureaux, 2,60 m pour des logements, les normes acoustiques aussi).

Pour faciliter la reconversion, des poutres ont été supprimées, et les planchers renforcés pour compenser. C’est une première pour Vinci construction qui teste ainsi des méthodes appelées à se généraliser, les exigences environnementales de la RT 2020 (1), applicable à partir de janvier 2022, prévoyant dès la conception d’un projet sa déconstruction/conversion, une des voies pour limiter l’impact carbone du bâtiment depuis sa construction jusqu’à sa fin de vie.

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Arrimage des sols béton et bois par des agrafes en acier.
Crédit photo : N. Jaupart-Chourrout
 
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Pour Sébastien Carminati, les chantiers du Village Olympique sont aussi l'occasion de développer l'expérience des professionnels du bâtiment.
Crédit photo : N. Jaupart-Chourrout

Le bois se marie avec les autres matériaux

La part globale du bois dans le bâtiment est de 2/3 en termes de surfaces et de ½ en termes de volumes. L‘exosquelette est en bois (poteaux poutres et planchers, en CLT fourni par Piveteau), ainsi que l’ossature des façades (confiée à Cemob et Ossabois). Ces dernières sont par contre recouvertes d’un bardage en acier, un choix architectural, les façades bois souffrant auprès des maîtres d’œuvre de l’image du grisaillement des projets réalisés dans la période récente. Le béton a été choisi pour la structure du noyau du bâtiment, pour des raisons de rigidité (contraintes de contreventement), pour le socle, et pour les terrasses pour des problèmes d’étanchéité (bien que ce problème soit en passe d’être résolu pour les solutions bois). Les deux premiers étages sont également entièrement en béton, dans ce cas aussi un parti pris des architectes. Les menuiseries sont en aluminium et bois, et les assemblages de poutres et de planchers en acier. La doctrine de Vinci, explique Sébastien Carminati, responsable projet chez Vinci construction, est « le meilleur matériau au meilleur endroit », une attitude partagée par de nombreux maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre.

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L'atelier bois, au pied du bâtiment en construction, permet un gain de temps appréciable.
Crédit photo : N. Jaupart-Chourrout

Un apprentissage sur le terrain

Le choix de ces matériaux permet au projet Universeine d’atteindre, outre les performances énergétiques de la RT 2012, qu’il dépassera même, le niveau E2C2 du référentiel de performances énergétiques et carbone E+C- (2). Vinci, habitué à réaliser d’abord les structures béton puis celles en bois, a testé pour la première fois sur ce chantier la pose simultanée des structures béton et bois, gagnant ainsi du temps. Les ouvriers ont été formés au préalable, puis directement sur le chantier par le chef de chantier d’Arbonis, la filiale construction bois de Vinci. Un apprentissage rapide et apprécié des ouvriers qui ont pris grand plaisir à travailler le bois, selon Sébastien Carminati.

Pour Sébastien Carminati, les avantages du bois sont nombreux, en particulier le chantier avance plus vite, même s’il faut passer plus de temps en études préalables. Des ateliers de préparation des structures bois ont été montés au pied du chantier par Arbonis, permettant de gagner en réactivité et en temps. En termes de coût, « le bois revient un peu plus cher », estime-t-il, « mais seul le bilan final du chantier permettra de savoir exactement de combien ».

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Plaques de béton ultra bas carbone (la couleur verte est donnée par le laitier incorporé) et planchers bois.
Crédit photo : N. Jaupart-Chourrout

L’approvisionnement en bois… et en autres matériaux

Les tensions sur l’approvisionnement en bois que connaît la filière depuis un certain temps ont conduit Vinci, dès qu’il eut l’ordre de service, à commander le bois pour le CLT à Piveteau, qui a accepté de bloquer des créneaux de fabrication au vu des estimations « à la louche » des quantités nécessaires. Le CLT employé est fabriqué à 100 % avec du pin français. Les façades ossature bois (confiées à Cemob et Ossabois) sont en épicéa français ou importé. Les commandes sont également passées pour l’ensemble des chantiers Vinci pour les JO, soit 80 000 m2 au total.

Mais Vinci connaît aussi des difficultés d’approvisionnement pour les autres matériaux, notamment le béton ultra-bas carbone du socle (dont le bilan C est inférieur à 100 kgC/m3 béton, par rapport aux 250 kgC du béton lambda), un béton intégrant des matériaux de récupération, dont le laitier des hauts fourneaux, et qui est affecté aussi par la baisse de la ressource en sable, même s’il en consomme moins. Quant à l’acier, l’arrêt de la production de l’usine de Marioupol en Ukraine a conduit également à des problèmes d’approvisionnement.

France Bois 2024, un appui précieux pour faire connaître les solutions bois

Si la filière bois construction française est en plein développement depuis plusieurs années, la diffusion des solutions qu’elle propose est un enjeu majeur auquel a voulu répondre la création en 2018 de France Bois 2024, présidée par Georges-Henri Florentin, ancien directeur de FCBA. France Bois 2024 a joué le rôle de conseil lors de la phase d’appel à projets, puis auprès des maîtres d’ouvrage et des conducteurs de chantiers pour les aider à trouver les compétences nécessaires, obtenir les Atex des solutions innovantes ou encore pour former les compagnons du bâtiment. Leur site propose en ligne des guides méthodologiques et un calepin de chantier bois pour les entreprises non spécialisées dans la construction bois.

France Bois 2024 propose aussi un outil de traçabilité du bois aux acteurs du bâtiment pour les aider à se conformer au cahier des charges du village, qui exige que 100 % du bois utilisé soit certifié PEFC ou FSC et 30 % issu de forêts françaises. France Bois 2024 vise même l’objectif plus ambitieux de porter la part du bois français à 50 % du total de bois utilisé sur l’ensemble du Village et des équipements des JO.

Ce chantier, et tous ceux réalisés pour les Jeux, permettent donc à la filière bois construction de faire ses preuves, de se faire connaître de tous les majors du bâtiment, et de progresser dans les solutions et les techniques de pose. Nul doute que la filière fera ainsi un « bond vers la massification » comme l’a souhaité France Bois 2024. L’ « héritage » ne sera pas seulement celui de nouveaux bâtiments en bois précurseurs des nouvelles règles environnementales mais aussi celui de méthodologies performantes au service de l’utilisation du bois dans la construction.

(1) L’objectif de la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs en 2020, la RE 2020, est de poursuivre l’amélioration de la performance énergétique et du confort des constructions, tout en diminuant leur impact carbone. Elle prévoit notamment de prendre en compte l’ensemble des émissions du bâtiment sur son cycle de vie, de la phase de construction à la fin de vie (matériaux de construction, équipements), en passant par la phase d’exploitation (chauffage, eau chaude sanitaire, climatisation, éclairage…), via une analyse en cycle de vie.

(2) Le label E+C- (Énergie + Carbone -) est un label expérimental réglementaire et volontaire préfigurant la future réglementation énergétique RT 2020. Il vise à atteindre des bâtiments à énergie positive et à faible empreinte carbone. Il y a quatre niveaux de performances pour la partie énergie du label (E1, E2, E3, et E4) et deux pour la partie bas carbone (C1 et C2).

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