Vers l’assistance des ouvriers de la filière par exosquelettes et cobots

Le 19 février 2020
L’exosquelette du projet Extrafor présenté au 12e congrès Fibois BFC, conçu par Exhauss.

Améliorer les conditions de travail grâce à la réduction de la charge physique et des risques de troubles musculo-squelettiques (TMS), telle est la promesse des exosquelettes et cobots. Ces nouvelles technologies d’assistance physique font leur apparition dans la filière forêt-bois. Le projet Extrafor vise ainsi à développer des exosquelettes adaptés aux travaux forestiers pour apporter des solutions à l’usure physique chez les salariés en exploitation et sylviculture, mais aussi pour rendre ces métiers moins exigeants et plus attractifs.

La tendance n’est pas le propre de la filière forêt-bois, elle est générale dans l’industrie : assister les ouvriers par des machines. Elle répond à plusieurs objectifs qui concernent aussi bien l’échelle individuelle que celle de l’entreprise ou du secteur industriel (et plus largement celle de la société). A l’échelle individuelle, il s’agit de pallier les désagréments physiques allant jusqu’à la maladie découlant de tâches pénibles (troubles musculo-squelettiques (TMS) par exemple). À l’échelle de l’entreprise et du secteur, il s’agit de pallier la difficulté de recruter pour de telles tâches, en rendant celles-ci plus attractives ou en augmentant la longévité au travail, et d’augmenter la productivité en permettant un rythme et une efficacité de travail plus soutenus. A l’image de celui du BTP, le secteur forêt-bois est un secteur d’activité regorgeant de tâches pénibles qui ne peuvent être automatisées ou robotisées : des humains doivent les exécuter. Il est par conséquent un secteur au sein duquel les nouvelles technologies d’assistance physique (NTAP), pouvant être soit des cobots soit des exosquelettes, sont promis à un bel avenir.

Exoquelettes et cobots

«Un exosquelette est un système mécanique ou textile revêtu par le salarié et visant à lui apporter une assistance physique dans l’exécution d’une tâche, par une compensation de ses efforts et/ou une augmentation de ses capacités motrices (augmentation de la force, assistance des mouvements, etc.)», selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). L’autre catégorie de robot d’assistance aux efforts est celle des cobots.

«Un cobot est un appareil automatisé utilisé en cobotique, qui est une collaboration technique entre un être humain réel et un robot. L’opérateur utilise généralement un cobot pour effectuer des tâches particulièrement ardues ou difficiles à accomplir par lui- même. Comme ses actions sont déterminées par la volonté, les actions et les mouvements de l’utilisateur, un cobot n’a pas l’autosuffi- sance d’un robot conventionnel. Cependant, ses performances globales peuvent certai- nement être améliorées avec l’aide de l’uti- lisateur, qui peut correctement enseigner au cobot comment effectuer chaque tâche donnée. Un cobot peut-être d’une grande aide pour un opérateur humain – conçu pour augmenter et exploiter les capacités d’un être humain, il peut aider à manipuler des marchandises lourdes ou encombrantes, ou aider dans des tâches nécessitant une précision que les gens peuvent difficilement atteindre seuls.

Une telle collaboration peut générer des gains de qualité et de productivité importants. Les cobots sont également souvent moins chers à utiliser que les robots conventionnels.» La description émane de la société RB3D. Basée près d’Auxerre, celle-ci est spécialisée dans les deux types de NTAP et a été l’invitée de Fibois Bourgogne-Franche-Comté (BFC) lors de son 12e congrès, en novembre 2019. Thierry Rolland, chief business officer de l’entreprise, est venu y présenter un exosquelette baptisé Exopush développé pour le secteur du BTP, et surtout parler des bonnes pratiques d’introduction d’un exosquelette auprès d’ouvriers. Les NTAP – qui ne sont en aucun cas des ETI – nécessitent une réflexion approfondie pour leur mise en place, ainsi que l’indique par ailleurs l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), dont une étude effectuée entre 2013 – date de leur émergence – et 2016 liste les principaux points de vigilance liés à l’utilisation des robots et dispositifs d’assistance physique (l’infographie reproduite ci-contre les résume).

Pousser du bitume, manier des outils

Créée en 2001, la PME RB3D a participé pour l’armée à la création d’un exosquelette, le prototype Héraclès, devant permettre d’augmenter la capacité de portage du soldat (100 kg au total et 40 kg sur le bras). Elle a mis au point plus récemment un exosquelette dédié aux tireurs d’enrobé (2.000 en France), qui peuvent en lisser jusqu’à 30 tonnes par jour ! L’Exopush a été déployé au sein de la société Colas. Le lissage du bitume fait partie des activités réunissant le «cocktail» à pallier : mauvaise  posture, charge importante, fréquence importante. Rappelons qu’un exosquelette n’adresse qu’un geste précis. Thierry Rolland a insisté sur l’importance de l’acceptation par l’utilisateur d’un tel auxiliaire et donc de l’accompagnement par le concepteur : «Il ne faut en aucun cas faire l’économie de la modification d’une sangle qui fait mal, ou autre […] » 

Photo : L’exosquelette du projet Extrafor présenté au 12e congrès Fibois BFC, conçu par Exhauss.

Voir notre édition verte, Le Bois International, Scierie, exploitation forestière N°06…