Scierie / Approvisionnement : tensions autour de la ressource en chêne

Le 6 octobre 2017

L’accès et la disponibilité de la ressource sont des préoccupations centrales au sein de la filière forêt-bois. Encore plus lorsqu’il s’agit du chêne. Le sujet, au cœur d’une rencontre entre scieurs et parlementaires organisée à la rentrée en Saône-et-Loire, a suscité la réaction des producteurs de bois (UCFF, Fransylva), qui refusent d’être mis en cause dans les difficultés que peuvent rencontrer les industriels pour s’approvisionner. 

Les cours du chêne sont à la hausse depuis plusieurs mois et la question de l’accès à cette ressource est une problématique récurrente au sein de la filière forêt-bois. En 2015, face à la hausse des exportations de bois brut, en particulier à destination de la Chine, l’Association pour l’emploi des chênes et des feuillus (APECF) portait le lancement du label « Transformation UE », par le biais duquel l’ONF s’engageait à réserver aux acheteurs labellisés lors de ses ventes un accès privilégié à la ressource en chêne. L’an dernier, la Fédération nationale du bois, l’ONF et les communes forestières, signaient un accord pour fixer les modalités de vente de chêne par contrats pour les deux prochaines années, avec l’objectif d’atteindre les 100.000 m3 à l’horizon 2018.

Une ressource très convoitée

Si ces mesures ont eu un effet sur les départs de grumes non transformées vers l’Asie et permis de développer les exportations de produits à plus forte valeur ajoutée, la ressource n’en demeure pas moins très disputée sur le sol français, notamment dans un contexte économique où la demande en produits transformés est bien orientée depuis plusieurs mois. Afin d’exprimer leurs préoccupations quant aux tensions que leurs entreprises continuent de connaître sur le marché des approvisionnements en chêne, plusieurs chefs d’entreprises de la première transformation ont rencontré fin août en Saône-et-Loire six parlementaires de la région Bourgogne-Franche-Comté. Une rencontre dont notre confrère Laurent Guillaumé s’est fait l’écho via le pure-player d’actualité locale info-chalon.com« Quatre des plus grosses scieries françaises étaient réunies ce lundi à l’invitation de Dominique Juillot, patron des Scieries Réunies du Chalonnais, afin d’exprimer aux parlementaires leurs très vives inquiétudes sur la question de l’approvisionnement en grumes de chêne ». Autour de la table, les professionnels de la première transformation, emmenés par le président de la Fédération nationale du bois Philippe Siat, ont notamment pu échanger avec Anne-Catherine Loisier, sénatrice de Côte d’Or, qui préside par ailleurs le comité « Forêt, bois et territoire » au sein du Conseil supérieur de la forêt et du bois. Elle était accompagnée de François Patriat, sénateur de Côte-d’Or, Jean-Paul Emorine et Marie Mercier, sénateurs de Saône et Loire, Rémy Rebeyrotte et Raphaël Gauvain, députés de Saône et Loire, ainsi que Sébastien Martin, premier vice-président du Conseil départemental de Saône et Loire.

Parmi les arguments présentés par les professionnels de la première transformation, info-chalon.com retranscrivait notamment ceux de Dominique Juillot, président du groupe SRC : « Le marché asiatique absorbe toutes les matières premières disponibles et le marché français n’échappe pas à la règle au point de totalement le déstructurer avec d’évidentes conséquences en perspective » […] Le président du groupe SRC tenait également à alerter les élus présents sur « les risques de voir disparaître tout un secteur économique alors même que la conjoncture dynamique autour des produits transformés est à la hausse ».

Débat autour de l’inventaire

Par-delà leurs préoccupations liées à l’approvisionnement de leurs entreprises de première transformation, les scieurs présents lors de cette rencontre ont fait part aux élus de leurs interrogations quant au décalage pouvant exister entre les stocks de bois disponibles en forêt et l’état de l’inventaire national des forêts françaises. Une interrogation qui n’a pas manqué de faire réagir du côté des producteurs de la ressource. « Qui oserait mettre en doutes les chiffres sur la ressource forestière produits par l’IGN ? », s’interroge l’Union de la coopération forestière française (UCFF) et Fransylva, la Fédération nationale des syndicats des forestiers privés de France. « Qui oserait parler du rouleau compresseur chinois quand la France exporte 1% de sa récolte annuelle vers ce pays ? Qui oserait freiner nos exportations, alors même que la forêt française ne récolte que 60% de sa production annuelle du fait d’un manque de débouchés, si ce n’est par protectionnisme ? ». Dans une réponse commune rédigée suite aux échanges entre scieurs et parlementaires en Saône-et-Loire, l’UCFF et Fransylva ont notamment voulu rappeler que la France est le pays qui a le stock de bois sur pied le plus élevé d’Europe et qu’en tant que producteur, ils étaient prêts à accompagner le développement de nouveaux marchés aux côtés des industriels. « Ensemble nous pouvons créer des marchés porteurs et participer ainsi à la réduction de notre déficit commercial qui atteint 5,7 milliards d’euros », expliquent l’UCFF et Fransylva. « Nous attendons avec impatience de nouveaux marchés, nous nous engageons à les approvisionner dans la durée notamment par une contractualisation. Si vraiment les scieries françaises ont des problèmes d’approvisionnement ne faut-il pas instaurer des aides au transport qui permettront aux scieries qui disent manquer de bois de pouvoir s’approvisionner dans les régions démunies d’unités de transformation ? En aucun cas, la production ne peut être mise en cause ». Ce nouvel épisode entre producteurs et transformateurs vient rappeler à quel point l’unité de la filière forêt-bois est fragile et combien il semble nécessaire de nouer un dialogue renforcé entre tous ses acteurs. Une demande que les responsables de la filière avaient notamment exprimés aux candidats à la dernière élection présidentielle en appelant de leurs vœux la création d’un poste de délégué interministériel forêt-bois auprès du Premier ministre pour garantir une stratégie de filière partagée par l’ensemble des ministères.

Sylvain Devun