Rose-Marie Rochatte : les transporteurs forestiers répondent aux besoins des transformateurs

Le 3 avril 2020

Dans certaines zones rurales, des grumiers ont la route pour eux : situation surréaliste pour les chauffeurs qui circulent encore. C’est que les transporteurs forestiers s’efforcent de satisfaire les besoins de leurs donneurs d’ordres, ou plutôt de ceux qui continuent d’en avoir et de ceux qui en ont de nouveau après un arrêt de leur usine de transformation juste après l’annonce de l’état d’urgence sanitaire. «La Société des transports Rochatte a des camions qui circulent pour satisfaire les besoins des transformateurs en activité avec qui elle travaille», note Rose-Marie Rochatte, présidente de l’Union des transporteurs du Grand-Est, et administratrice de Fibois Grand-Est. «Nous avons mis en place des flux afin de répondre à l’urgence de la crise scolyte.» Des trains partent des Vosges vers le Sud-Ouest selon le plan scolytes, via une filiale de la SNCF. Celle qui a toujours préconisé la mise en œuvre de plateformes de regroupement des bois – a fortiori en cette période de pullulation de scolytes –, pour une meilleure articulation entre les transports longue distance et courte distance, constate combien elles seraient utiles aujourd’hui. Le problème de la rentabilité des transports de bois de longue distance par camion se pose crucialement avec la difficulté à charger pour les retours. Pour un grand transporteur comme Société des transports Rochatte, l’activité se concentre sur le local en cette période d’état d’urgence sanitaire. A la troisième semaine de confinement, «la perte d’activité représente environ 40% pour les transports Rochatte», précise Rose-Marie Rochatte. «L’activité va encore baisser la semaine prochaine.» Pour ses collègues transporteurs forestiers du Grand-Est, la perte de chiffre d’affaires varie entre 100% pour certains (mono client) et 30 à 70% pour les autres. Rose-Marie Rochatte rappelle qu’en effet «fin mars, près de 90% des capacités de sciage résineux des deux massifs vosgiens et jurassiens ont été mises à l’arrêt pour une durée impossible à évaluer ; la papeterie de Golbey a annoncé la fermeture de son parc à bois jusque début avril a minima». Et que «les usines de panneaux s’approvisionnant dans le massif ferment les unes après les autres».
Avec pour sa part une flotte de sept camions, la société Transbois Perrin, située à la frontière entre Grand-Est et Bourgogne Franche-Comté, a poursuivi une activité à hauteur de 60% durant la première quinzaine de confinement, et table sur une activité à 50% pour la deuxième. «Nous avons fait un peu de tout. Comme il s’est mis à faire beau après une période pluvieuse, des exploitants ont travaillé sur des chantiers difficiles. Nous avons déplacé des stocks chez le panneautier pour lequel nous le faisons habituellement plus ponctuellement. Nous avons mis à jour des ramasses…» Le bois d’industrie représente la plus importante part de chiffre d’affaires de la société. Or, les usines de panneau, après être restées ouvertes, ferment pour ce début avril. Mais des scieurs rouvrent. Surtout, Sylvain Perrin déplore que la mise en place d’un trafic de trains de bois à la gare d’Aillevillers, proche de son siège, ait été laissée de côté depuis le confinement. Seul le trafic ferroviaire de bois scolytés déjà rôdé avant la crise du Covid-19 perdure. Les mesures pour pallier la crise du scolyte sont ralenties par l’état d’urgence sanitaire, quand la rupture du trafic de containers a déjà entravé depuis longtemps le départ de bois scolytés vers la Chine.
L’entreprise Transbois Perrin fait face pourtant, tout comme la Société des transports Rochatte, pour satisfaire toutes les demandes clients. Elle a trouvé des solutions internes avec son équipe de répartition des charges de travail. Concilier la réalité économique et la réalité humaine est un défi que les transporteurs relèvent, souligne Rose-Marie Rochatte. Ils sont les garants de la perpétuation des flux de bois.