Régénération des forêts wallonnes : demande d’aide ciblée selon les caractéristiques des bois

Le 29 janvier 2021

Un premier soutien financier pour la régénération des forêts de 3 millions d’euros a été annoncé fin octobre par la région wallonne. A cette occasion, la Confédération belge du bois, représentant les secteurs des travaux forestiers, de l’exploitation forestière, des scieries et du négoce de bois, s’est réjouie de cette aide. Elle a aussi pointé du doigt l’affirmation alors avancée selon laquelle seule 5% de la forêt wallonne actuelle serait résiliente. «Le Code forestier prévoit en effet, lors de toute régénération artificielle, que les essences soient installées en conditions optimales ou tolérées selon le fichier écologique des essences. Par exemple, les attaques de scolytes sont très limitées sur les épicéas gérés de manière adéquate et situés en condition optimale.»
On l’aura compris, les professionnels du secteur bois wallons ne sont pas prêts à jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est vrai que le plateau d’Ardenne regorge d’épicéas et que la Wallonie abrite des scieries de résineux parmi les plus importantes du secteur en Europe. Selon la Confédération belge du bois, en termes d’emploi et de valeur ajoutée, le secteur résineux représente 80% de la filière wallonne du bois.
La Confédération demande ainsi «que les caractéristiques technologiques des essences subventionnées soient prises en compte, car le rôle de puits de carbone d’une forêt ne peut être garanti que si le CO2 est stocké par la suite dans le matériau bois, une fois l’arbre transformé». «D’un point de vue technologique, par exemple, une essence comme le saule n’a sans doute, et dans le contexte actuel, aucun avenir. Des questions peuvent également se poser vis-à-vis du bouleau, essence pour laquelle les entreprises ne trouvent actuellement pas ou peu de débouché», argumente la fédération syndicale, qui concède toutefois : «Quoiqu’il en soit, le secteur devra également être soutenu afin de pouvoir développer la valorisation d’éventuelles nouvelles essences aussi bien feuillues que résineuses qui seraient mises sur le marché».
La Confédération belge du bois va plus loin, rappelant que l’équilibre des peuplements feuillus et résineux n’est actuellement plus respecté – en tendant vers une proportion 60% feuillus et 40% résineux – alors que le premier article du Code forestier wallon indique : «Le développement durable des bois et forêts implique plus particulièrement le maintien d’un équilibre entre les peuplements résineux et les peuplements feuillus, et la promotion d’une forêt mélangée et d’âges multiples, adaptée au changement climatique, et capable d’en atténuer certains effets». «Afin de maintenir l’emploi local et rural, tout doit donc être mis en œuvre pour rétablir cet équilibre dans les meilleurs délais», ajoute-elle.
Face au discours de la ministre wallonne de la Forêt et de la Nature, Céline Tellier, avançant que «plus de la moitié de la forêt wallonne est composée d’espèces sensibles aux changements climatiques comme le hêtre, l’épicéa, le frêne, le chêne et le douglas» et qu’«il est dès lors primordial de préparer une forêt plus résiliente à terme en commençant par étudier les causes des dépérissements mais aussi les raisons de la résistance de certains arbres et/ou peuplements (station, exposition, type de sylviculture appliquée, amendement, piégeage des insectes ravageurs…) et en sélectionnant les sujets résistants aux changements climatiques pour garantir des régénérations futures adaptées», les professionnels wallons n’entendent pas que soient oubliées les filières de transformation. Et tablent donc sur des conditions d’octroi des aides inféodés aux besoins de la production.
Cette dimension propre à la filière forêt-bois qui est le caractère local de sa ressource en fait un lieu expérimental de premier ordre pour les arbitrages économie-environnement…

(Crédit photo : Confédération belge du bois)