Plans post-Covid des entreprises : entre actions publiques et proactivité

Le 15 septembre 2020
Crédit photo : Louis

Les syndicats et collectifs d’entreprises interpellent les élus pour qu’ils appuient financements et évolutions législatives en leur faveur, face à la crise post-Covid. Ils incitent aussi les entreprises à être proactives et notamment à anticiper les évolutions qualitatives de la demande. Plus exigeants et impatients, les clients seront aussi plus sensibles aux origines et qualité des produits. L’évolution des «chaînes de valeur» globales aura quant à elle des impacts sur la filière difficiles à appréhender…

Dans le Bulletin de la Banque de France n° 230/2 de juillet-août 2020 intitulé «Covid19 et chaînes de valeur», le secteur bois est classé au 24e rang sur 40 secteurs en matière de niveau de choc Covid-19, avec un impact absolu du choc de confinement sur la valeur ajoutée de ce secteur estimé légèrement supérieur à 25% (la construction, dont on sait combien elle est le moteur du secteur bois, étant située au 3e rang, avec un impact sur la valeur ajoutée estimé de presque 70%). Pour le secteur meuble, au 15e rang, l’impact est estimé à plus de 40%. Sur le terrain, les entrepreneurs s’organisent, y compris collectivement. «La crise du Covid-19 a engendré pour un grand nombre une baisse d’activité, voire un arrêt de celle-ci. D’importants changements ont été, sont et vont être à prendre en compte. De nouveaux besoins ont émergé. Pour la plus grande majorité des entreprises, la visibilité ne va pas au-delà de la fin de l’année 2021. Et ensuite, que va-t-il se passer ? La crise sanitaire n’a fait qu’accélérer l’arrivée d’une autre crise majeure : la crise économique. Afin d’accompagner et de soutenir la filière ameublement, aménagement et décoration, le Plab Grand-Est a lancé un plan d’action destiné à aider la reprise d’activité des entreprises», explique Rémi Dauphin, directeur général.

Structure régionale d’animation économique dédiée à la filière ameublement et aménagement de lieux de vie, le Plab Grand-Est, qui regroupe 160 entreprises (fabricants ameublement, agencement et décoration, designers, fournisseurs et sous-traitants), a ainsi proposé des mesures opérationnelles qui seront potentiellement mises en œuvre après enquête auprès des entrepreneurs. Ces mesures indiquent quel peut être le panel des besoins de ceux-ci dans le contexte actuel. Elles invitent les entreprises à se projeter dans le moyen terme. Elles se déclinent en 4 axes : communication et marketing, formations techniques et transversales, finances, sécurité.

Meuble : quels futurs comportements des clients ?

Les actions du premier axe suggèrent de réaffûter son action marketing au travers : d’un atelier en visioconférence pour inventer l’après et notamment le comporte- ment des clients (comment appréhender les changements à ce niveau et en tenir compte dans son offre ?) ; d’un accompagnement et conseil en communication/ marketing ; d’un atelier «Renforcez le capital de votre Marque en période de turbulences» ; de formations : «Réinventer son argumentation», «Communiquer autrement à l’ère du numérique».

Celles du deuxième axe visent la formation : formations transversales (lean manufacturing, document unique, stratégie et développement produits, la voix du client : «regard consommateur», transformation des pratiques, amélioration de la performance) ou techniques (SST, Caces, commande numérique, tapisserie, finition). L’axe financier propose de se faire accompagner pour une optimisation fiscale avec un audit de la taxe foncière (sachant que près de 40% des entreprises sont surimposées en matière de taxe foncière en raison de déclarations erronées, selon le prestataire du Plab en ce domaine), pour la recherche d’un soutien par le biais d’un fonds d’investissement, pour l’élaboration d’un business plan en période de crise.

Enfin, en matière de sécurité en entreprise, il est suggéré de se faire aider pour renforcer les mesures de sécurité sanitaire (par le biais de l’association inédite «Covid assistance» composée d’experts santé, de chefs d’entreprises, de laboratoires, de professionnels de la santé et de la sécurité sanitaire) et informatique.

Les propositions du Plab font écho aux résultats de l’enquête Fibois Grand-Est sur la conjoncture économique de la filière bois du Grand-Est durant le deuxième trimestre. «Une crainte partagée par près d’un tiers des entreprises est l’absence de visibilité sur les marchés», a indiqué Fibois Grand-Est le 3 juillet, qui précisait que seules 23% des entreprises sont optimistes pour l’avenir*. Concernant les besoins exprimés par les entrepreneurs, Fibois Grand-Est relevait trois points : «Le levier qui reste le plus important à actionner est celui de la reprise de l’activité des clients ; la préoccupation liée à l’hygiène et la sécurité des collaborateurs, d’abord majoritaire, a diminué au fil des semaines ; le rétablissement des approvisionnements, puis celui des transports, sont aussi des be- soins importants».

Prévoir de construire vite et bien

En construction comme en ameublement, le comportement et les attentes du consommateur – fût-il une collectivité – sont en point de mire des entreprises.

L’Union des industriels et constructeurs bois (UICB) note que le secteur du bâtiment, qui contribue à plus de 10% du PIB français et concentre 7% des emplois privés, sera l’un des plus affectés par les conséquences économiques de la pandémie. «La paralysie des chantiers, les surcoûts liés à la mise en œuvre des dispositions sanitaires, le durcissement des conditions de financement, le rallongement des délais administratifs et, plus généralement, la crise de confiance des donneurs d’ordres publics ou privés, frappent durement un tissu d’entreprises majoritairement composé de TPE et de PME», indiquait l’organisme mi-juin dernier. 

Il a préconisé alors un certain nombre de mesures réglementaires pour aider les entreprises (répartition du coût de la mise en œuvre des dispositions sanitaires entre les entreprises de construction, les maîtres d’ouvrage et les pouvoirs publics, prolongation de tous les délais d’exécution de 4 mois), pour soutenir la demande (redéploiement du dispositif du prêt à taux zéro, assouplissement des règles de déblocage de l’intéressement et de la participation pour les projets immobiliers, accélération de la dématérialisation de l’instruction des autorisations administratives dans l’ensemble des collectivités, cadre réglementaire favorable au bois) et favoriser le bois (RT 2020, bonus malus bio-sourcés…) et les constructions publiques en bois (label «collectivité exemplaire»).

Mais il a aussi formulé la recommandation aux entreprises de la construction d’évoluer en quelque sorte et de se coller aux attentes sociétales. Trois pistes ont été évoquées : garantir la qualité des réalisations, limiter l’impact de l’acte de construire (préfabriquer davantage pour réduire les délais, les contraintes pour les riverains, le nombre d’intervenants sur chantier et l’exposition aux risques sanitaires), généraliser la flexibilité des usages (en choisissant des solutions constructives adéquates). Pour que ces pistes soient empruntées, l’UICB en appelle à des encouragements de l’État (en faveur des démarches qualité, en faci- litant le paiement systématique des études et en prévoyant l’extension de l’échéancier de paiement spécifique à la préfabrication prévue dans la loi Elan à l’ensemble des réalisations) ; elle n’exclut pas que soit fait appel à des moyens de contrôle renforcés des services de l’État (sur la conformité des produits et des règles de construction).

A l’avenir, plus d’exigences et d’impatience des clients, plus de normes et de numérisation : la marge en matière de modèle de fonctionnement des entreprises se rétrécit.

Mais les prises de conscience découlant de la pandémie pourraient leur apporter des débouchés. La volonté de vivre mieux et l’attention portée à l’origine et à la qualité des produits grandissent.

Gérer le rebond…et les chaînes de valeur

«Le scénario d’une reprise «en aile d’oiseau» se confirme donc, avec une première phase de rebond marqué de l’activité à la faveur du déconfinement, suivie d’une deuxième phase de reprise plus lente», indiquait la Banque de France (BF) dans son Point sur la conjoncture française à fin juillet 2020 (qui mesurait une baisse de 13,8% du PIB au 2e trimestre de 2020). Gérer le rebond peut s’apparenter à un défi, point qu’avait noté Jean-Luc Sandoz, dirigeant de l’entreprise de construction Lifteam et du bureau d’études bois CBS-CBT, pen- dant le confinement. Les chantiers sont susceptibles de s’accumuler en sortie de période d’urgence sanitaire et de conduire à des besoins en main d’œuvre et en approvisionnement difficiles à organiser.

Les États-Unis en ont fourni un exemple, où une «panique» du bois d’œuvre s’est répandue. Une forte hausse de la demande en bois d’œuvre résineux est intervenue cet été, tout particulièrement en Floride, liée à une intensification de la construction, ayant débouché sur une situation de pénurie. Conséquence prévisible, les prix du bois d’œuvre ont considérablement augmenté. Hausse qualifiée de «choquante» par certains observateurs. Des industriels du bois comme Conner Industries ont même tenu à informer dans un communiqué sur leur site du fait qu’ils n’étaient pas satisfaits de cette situation «due à une offre et une demande complètement désynchronisées à cause de la pandémie, situation compliquée par de nombreux facteurs». «Historiquement, les mises en chantier ont été le principal moteur des prix du bois aux États-Unis», précise la société. «Nous savons déjà que le marché sans précédent du bricolage et la pandémie ont renversé tout cela pendant des mois. Maintenant que les mises en chantier augmentent avec une demande plus forte que prévu, combinée à la flambée des grandes surfaces, la chaîne d’approvisionnement du bois normalement bien huilée n’a pas été en mesure de rattraper son retard.»

La société note aussi : «Les prévisions concernant la demande et l’impact de la pandémie faites il y a des mois […] étaient toutes fausses, et maintenant nous en payons tous le prix». Pas de quoi rassurer ! Sauf à se réjouir de l’effet de cette situation sur les exportations de bois d’œuvre européennes. Mais si la pandémie a mis à jour que les «chaînes de valeur» très invoquées en ce moment régissent la vie des entreprises, ce n’est pas toujours pour le meilleur. L’impact du confinement est double : un impact direct sur l’économie des pays concernés, mais aussi des répercussions internationales via les chaînes de valeur et la demande extérieure, précisait la BF cette fois dans son Bulletin n° 230/2 de juillet-août 2020 intitulé «Covid19 et chaînes de valeur». «La situation la plus défavorable pour la France serait qu’elle subisse un choc d’offre (baisse de la productivité liée aux mesures sanitaires, ou deuxième vague) tandis que le reste du monde serait sorti de la crise, ce qui entraînerait un recul de la compétitivité.»

Lire la suite dans Le Bois International, Charpente, construction, menuiserie et meuble, notre édition rouge N°28…   

 

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