Pays de la Loire / CIB 2016 : un sentiment d’embellie

Le 16 juin 2016

Avec une augmentation du visitorat de 3% par rapport à 2014, et pas moins de 28% d’internationaux (un taux en augmentation de 6 points), les organisateurs de cette édition 2016 du Carrefour international du bois, qui a eu lieu à Nantes du 1er au 3 juin, peuvent afficher une satisfaction légitime. Celle-ci s’inscrit en prolongement d’un optimisme global perceptible parmi les exposants.

En dépit d’un contexte social agité et d’une météo maussade voire calamiteuse en certains endroits du pays, les visiteurs n’ont pas hésité à braver grèves et inondations pour se rendre au rendez-vous biennal : «Le Carrefour mérite que l’on se joue des obstacles», résume un exposant qui, à la dernière minute, a dû troquer son billet de train pour un billet d’avion. La fréquentation 2016 n’a donc pas souffert de l’environnement chahuté, et les visiteurs sont même venus encore plus nombreux. «Notre industrie est une industrie cyclique», remarquait un fabricant de produits bois, «nous notons avec bonheur cette année que le moral revient». Un constat partagé par l’ensemble des fidèles du Carrefour. «C’est une très bonne édition», se félicite un scieur, présent depuis une quinzaine d’années. «Clients, prospects, fournisseurs étaient au rendez-vous et, comme à chaque fois, nous repartons avec une vision claire du marché, tant côté achats que côté débouchés.» «Le Carrefour est pour nous un salon incontournable», estime quant à lui Yann Taverne, des Scieries Lesbats, d’Aquitaine, qui constate «une activité bien meilleure qu’au premier semestre, notamment au niveau des négociants en construction bois».
«On sent depuis le début de cette année un regain d’activité», note Patrick Paoli, directeur de Arch protection du bois, «et cela nous permet de conserver nos parts de marché». Quant à Olivier Naton, chef des ventes chez Cathild industrie, spécialiste des séchoirs, il note «une grosse reprise sur le marché français depuis mi-janvier, avec une prise de décision accélérée, qui peut être de seulement un mois.»
Avec 550 exposants issus de 28 pays et 10.520 visiteurs de 70 nationalités différentes, cette édition du Carrefour affirmait plus que jamais sa dimension internationale. C’est ainsi que les nouveaux exposants comptaient dans leurs rangs plusieurs professionnels étrangers, pour qui la décision de venir au Carrefour s’est imposée. «Nous avions entendu parler du Carrefour comme d’un salon majeur en Europe. Nous avons décidé d’aller le vérifier par nous-mêmes sur un stand collectif», explique un représentant de la filière bois du Pays basque espagnol. «Nous sommes satisfaits au-delà de ce que nous espérions.»
Deux conférenciers anglais ont dégagé quelques tendances caractérisant la filière forêt bois outre-Manche, où la part du bois dans le marché de la construction, en croissance, s’élève actuellement à 27,4%, avec 33% espérés pour 2020. Une croissance bénéficiant de l’appui du gouvernement, qui reconnaît le rôle majeur que le bois est capable de jouer dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique : à l’heure actuelle, on estime à 3.813.100 tonnes le volume de CO2 stocké dans les quelque 200.000 maisons bois présentes sur le territoire anglais. Avec un engouement croissant pour les produits bois construction techniques et des projets de plus en plus diversifiés, la construction bois anglaise envisage dès les cinq prochaines années des projets de tours en bois d’une hauteur de 100 à 150 mètres, et pas moins de 300 mètres à l’horizon 2025. Le marché anglais du bois se caractérise par ailleurs par une industrie du panneau en phase de croissance, une place importante du bois modifié, et une production conséquente de palettes (environ 32 millions d’unités pour 2015).

Capacité à innover

Comment augmenter les importations françaises en direction de la Grande-Bretagne ? Les deux conférenciers recommandent avant tout de «comprendre les besoins du client, tout en étant flexibles, transparents et innovants, afin de prendre des parts de marché aux grands distributeurs qui ont la capacité de renouveler leur gamme tous les six mois».
Les entreprises composant la filière forêt bois française n’ont en tout cas pas attendu cette exhortation à innover. Il suffisait, pour s’en convaincre, de découvrir les nombreux produits bois performants mettant en valeur le savoir-faire français sur cette édition 2016. Un sentiment s’appuyant en outre sur des données chiffrées, comme celles mises en avant lors de l’intervention d’Eric Toppan, présentant le rapport d’activité de l’Observatoire économique de France bois forêt. Il en ressort notamment que, si entre 2001 et 2010, les importations de sciages bruts progressaient de 1,6% en moyenne, celles-ci chutent sur un rythme moyen de 8,3% par an sur la période allant de 2010 à 2015.
C’est ainsi que plus de 1,2 million de m3 de sciages ont été reconquis par les scieurs français sur l’importation. On note aussi une amélioration des performances à l’exportation dans ce domaine : alors qu’elles connaissaient une tendance à la baisse de 1,1% par an en moyenne jusqu’en 2010, elles augmentent de 8,3% par an en moyenne entre 2010 et 2015. «On constate que grâce à des produits séchés et à une capacité d’innovation croissante de nos entreprises, nous avons pu reprendre des parts de marché aux bois étrangers», souligne Eric Toppan, remarquant par ailleurs que «dans les années 2000, pas moins de 90% des sciages étaient bruts, contre seulement 70% à l’heure actuelle. Cela montre que les bois sont de plus en plus transformés».
Poutres droites, lamellés-collés, bois massifs aboutés, carrelets panneaux massifs ou encore CLT… Une étude menée par l’Observatoire montre un engouement croissant pour les produits bois construction dits «techniques», un marché qui, en termes de valeur, est équivalent à celui des sciages, alors qu’il n’en représente que 40% en termes de volume. L’étude montre en outre qu’entre 2010 et 2015, la part de ces produits techniques n’a baissé que de 0,6%, alors même que le marché de la construction baissait de 5%.
Si ces produits techniques sont de plus en plus demandés, leurs situations respectives demeurent contrastées : à titre d’exemple, les produits rabotés (dont 30% sont importés) connaissent une concurrence féroce de la part de l’étranger, tandis que les bardages et les lames de terrasse s’en sortent mieux. Les produits collés, quant à eux, sont pour l’heure importés à 75%, même si, comme le précise Eric Toppan, «des investissement ont été faits».
La signature «Le Bois français» s’exposait pour la seconde fois sur le CIB, mettant en avant cinq grands usages du bois construction (structure, extérieur, revêtement intérieur, aménagement, agencement menuiserie et aménagement extérieur). Cyril Le Picard, président de France bois forêt, a rappelé en introduction de la conférence de presse dédiée à la démarche Bois français le rôle majeur que celle-ci est appelée à remplir sur le plan des emplois locaux. Quant à Philippe Siat, gérant de la scierie du même nom, il rappelle «qu’une richesse de l’offre bois française repose à la fois sur la diversité de la première matière et le savoir-faire des entreprises de la première transformation», soulignant que les entreprises de la filière ont fait progressé de 33 à 41% la part du bois transformé en France relativement aux sciages techniques, avec un investissement de pas moins de 360 millions d’euros par an, c’est-à-dire le double de la moyenne de l’industrie française.
«Le client final a compris l’intérêt de privilégier des essences françaises, telles que le chêne par exemple en menuiserie, plutôt que d’importer des bois exotiques», estime Pascal Gaudelas, dirigeant de la scierie du même nom et spécialiste du chêne. Celui regrette quand même la percée encore relativement timide du bois dans la construction, invoquant des freins d’ordre culturels : «En France, nous sommes encore dans une culture de la transmission, qui tend à privilégier la pierre. Le prix de la maison ossature bois, aussi, constitue encore un obstacle au plein essor du bois dans la construction».
Maspell, spécialiste du séchage sous vide, mettait en avant sur le salon, en partenariat avec la plateforme écologique Ecolwood, basée à Monistrol-sur-Loire (43), les résultats du projet Tv4Newood. Financé par la Commission Européenne avec le programme Eco innovation 2012, il vise à créer et diffuser sur le marché européen un nouveau procédé écologique pour produire des bois modifiés thermiquement spécialement résistants contre les agents extérieurs, et ce sans ajout extérieur de produits chimiques. A l’issue d’un travail collaboratif de trois ans, une certification européenne sera officialisée dès le 30 août prochain pour le traitement thermo-chauffé sous vide de 7 essences françaises (sapin, épicéa, pin maritime, frêne, hêtre, peuplier et chêne). Une avancée symbolique de la possibilité, pour le bois français, de rivaliser avec les essences exotiques.

Stéphane Jardin