Pallier une pénurie de bois de peuplier : 3.100 ha reboisés grâce à la charte «Merci le peuplier !»

Le 20 mai 2020

Depuis une vingtaine d’années, le rythme des replantations de peuplier est passé de 2,3 millions de plants plantés par an au début des années 1990 à moins de 600.000 plants/an en 2013. Sachant qu’en moyenne 1 plant produira 1 m3 sur 18 ans, le rythme de replantation est devenu très insuffisant pour assurer l’approvisionnement futur des industries de transformation (principalement les industries du déroulage et de fabrication de panneaux de contreplaqué). Le Conseil national du peuplier et la profession se sont mobilisés pour relancer les plantations de peuplier, notamment via la charte «Merci le peuplier !», qui rapproche les entreprises des populiculteurs, ceux-ci se voyant proposer une aide financière directe aux replantations après récolte. Les chiffres actualisés «Merci le peuplier !» sont tombés début mai : les entreprises ont contribué à financer 573.500 plants depuis le lancement de la charte, ce qui représente 3.100 ha reboisés en peuplier. Le bilan chiffré complet est disponible sur le portail de la filière peuplier.
La crainte d’une pénurie en bois de peuplier a donné lieu d’abord à une étude prospective de la ressource en peuplier initiée par le Conseil national du peuplier (CNP), alors que les premiers signes de tensions sur les approvisionnements dans certains bassins se faisaient déjà sentir, malgré une offre de bois qui restait encore supérieure à la demande. Il devenait indispensable de disposer d’éléments précis sur l’état de la ressource actuelle et future, afin de permettre aux entreprises (et plus généralement à la filière peuplier) d’anticiper pour mieux affronter la période de manque de bois qui se dessine.
L’étude réalisée par le CNP et initiée par l’Union des industries du panneau contreplaqué (UIPC), avec le financement du Codifab en 2016, a été mise à jour fin 2018 avec le soutien de FBF et du Codifab. Elle montre que l’on peut estimer la surface de la peupleraie française à 200.000 ha, dont environ 108.000 ha ont été effectivement exploités puis reboisés ces vingt dernières années avec une composition très bien connue. La surface restante, inconnue, pourrait en partie être exploitée mais est composée majoritairement de bois de faible qualité. En vingt-deux ans, le manque de reboisement des peupleraies exploitées représente une perte d’au moins 41.600 ha. Aujourd’hui, en France, un tiers des surfaces exploitées n’est pas reboisé, et dans le Grand-Ouest 40% de la surface seulement sont reboisés après coupe. Les entreprises françaises devront faire face à partir d’environ 2023 à un déficit de matière première qui s’accroîtra jusqu’à atteindre 40 à 50% du besoin, et qui devrait toucher plus tôt et plus profondément les entreprises utilisant du bois de qualité. Ce déficit, qui représentera 300.000 m3/an dans les premiers temps pour atteindre 500.000 à 650.000 m3 de bois par an, pourrait être aggravé par la concurrence d’autres usages non nobles du bois, tels le bois-énergie, d’autant plus que le déficit en bois d’œuvre aura en corollaire la disparition d’une partie de matière normalement utilisée en bois-énergie ou en trituration (têtes de peupliers et produits connexes). L’étude voulait contribuer à une prise de conscience, et susciter des initiatives : pari gagné avec le succès de la charte «Merci le peuplier !».