Lorraine / Barthes BE bois : dix ans d’expertise et une voix, du bois au BTP

Le 21 janvier 2016

Nicolas Barthes a créé son bureau d’études bois en 2005 en Lorraine. Depuis, il a conçu et assuré le suivi, avec son équipe de cinq personnes, d’une multitude de constructions et structures bois, en neuf et en réhabilitation. Une capitalisation d’expérience, en une décennie qui fut celle d’une grande évolution des règlements du secteur de la construction, qui, ajoutée à sa passion du bois, fait sa renommée.

Que le «sujet bois dans la construction» ne soit plus un «sujet», tel est le vœu de Nicolas Barthes, créateur et dirigeant du bureau d’études bois Barthes. Ce qui est d’ailleurs en passe de se réaliser, souligne-t-il. Le bois est sorti de la marginalité : «Jusque dans les années 2000, construire en bois a pu paraître une aventure pour les maîtres d’ouvrage ; aujourd’hui, j’ai envie de leur dire : ce n’est rien de moins que normal ! On sait faire ! Concentrez-vous sur votre programme !» Après dix ans de vie de son entreprise, son enthousiasme est intact, qu’il a d’ailleurs voulu partager avec ses partenaires lors d’un moment festif l’automne dernier, pour marquer ce dixième anniversaire.

Un vide comblé

Petit-fils d’un artisan menuisier du Sud-Ouest de la France, Nicolas Barthes en hérite la passion pour le matériau bois et il poursuit «le cursus complet», comme il le décrit : bac bois, BTS bois, puis formation d’ingénieur bois à l’École nationale supérieure des technologies et industries du bois (Enstib) d’Épinal, dont il sort diplômé en 2003. Il entre alors dans l’entreprise de charpente lorraine Maddalon Frères, qui intègre ainsi son premier ingénieur développement. «A cette époque il n’y avait pas de bureau d’études bois en Lorraine, et peut-être une dizaine au niveau national, adhérents à l’association Ingénierie bois construction», explique Nicolas Barthes (lire le zoom : «IBC réunit les BE bois»)». Si bien qu’en 2005, il crée à Blénod-lès-Pont-à-Mousson le bureau d’études bois Barthes, avec l’aval de son ex-employeur qui lui confie ses études. «J’ai visualisé un besoin qui allait croître, exprimé par les architectes qui à cette époque devaient se tourner vers les entreprises lorsqu’ils voulaient travailler sur un projet bois». Il travaille un an seul, puis, les clients – entreprises, architectes… – étant au rendez-vous «grâce à une petite action commerciale» (information sur l’existence du BE), s’adjoint des savoir-faire, au fil du temps. La société compte aujourd’hui six salariés. En 2006, Marc Roussel rejoint le bureau d’études, en tant que responsable de projets ; en 2008, Babeth Guenser, en tant que secrétaire à temps partiel, de même que Matthieu Martinuzzi, après une formation de trois ans au sein de l’entreprise lui ayant permis d’obtenir son diplôme d’ingénieur Génie civil, conception et contrôle dans la construction (GC3C) ; en 2012, Edvin Bernardin, en tant que responsable de projets, après un Master II Architecture bois construction Enstib ; en 2015, Loïc Bonnin, après cinq ans d’apprentissage au sein du bureau d’études lui ayant permis l’obtention d’une licence professionnelle Construction bois maison passive. L’équipe travaille dans 180 m2 au sein de l’espace Madera, anciens locaux de l’antenne Est de FCBA, ou, pour Marc Roussel, dans un bureau décentralisé ouvert à Compiègne. En matière d’équipement, le BE travaille avec des solutions logicielles sous contrats de maintenance, afin de bénéficier de chaque nouveau développement : ainsi notamment pour le dessin : Cadwork (plans de charpente bois en 2D et 3D, BIM), Autocad (Viewer), et pour le calcul : Md-bat-réseau (calculs de poutres et structures simples, d’assemblages, et efforts au vent en 2D) , Acord-Bat-réseau (calculs de résistances de matériaux en 2D et 3D, modélisation des structures, calculs sismiques, calcul selon les règles CB71 et les eurocodes 5), Commbat (logiciel récapitulant toutes les données géographiques et climatiques des communes françaises) ; CD-REEF (liste complète des normes, DTU, règles de calculs et règles professionnelles du bâtiment), Spit Expert, Wurth Profix (calculs de fixation). «Un ingénieur performant étant, entre autres, un ingénieur connaissant les évolutions techniques et réglementaires, le bureau d’études s’implique fortement dans la formation continue de ses salariés, en particulier sur la réglementation (eurocodes…), les nouveaux produits, les nouvelles solutions techniques, les mises à jour des logiciels», explique le dirigeant.

Un rôle multiple

Loin d’être le simple lieu de calcul que l’on a parfois tendance à imaginer, le bureau d’études est un lieu de ressources multiformes, qui en font une incontournable cheville ouvrière du développement du bois dans la construction : il est non seulement là pour que les structures bois soient performantes et adaptées aux besoins – voire réadaptées en cas de réhabilitation – mais aussi pour qu’elles soient économiquement viables. «Nos clients peuvent être des collectivités, associations, maîtres d’ouvrage publics ou privés, particuliers, qui ont besoin de diagnostics ou d’aide pour monter leurs projets de construction, des architectes avec qui nous formons des équipes de maîtrise d’œuvre sur des projets publics ou privés, des bureaux d’études béton ou généralistes, qui nous confient la gestion des lots bois de leurs projets, des entreprises de charpente, pour qui nous réalisons dimensionnement et dossiers de chantiers», rappelle Nicolas Barthes. «Pour ces dernières, il peut s’agir d’entreprises qui ont des bureaux des méthodes intégrés mais qui s’adressent à nous pour des questions de charges de travail. Par ailleurs, les entreprises générales nous sollicitent fréquemment pour des missions d’assistance, de conseil, par exemple lors des débats commerciaux avec des charpentiers, ou pour concevoir des systèmes en variante». Ainsi, le rôle du BE Barthes va beaucoup plus loin que l’étude structure (calculs, plans et cahier des charges) et le contrôle de chantier, et concerne largement l’économie du bâtiment. «Aujourd’hui les opérations de construction, réhabilitation ou rénovation d’un bâtiment deviennent de plus en plus complexes du fait de l’évolution permanente des techniques et des réglementations : il faut étudier les projets globalement afin de concilier aspects techniques et financiers dans une formule la plus pertinente». Dans le Nord-Est, mais aussi dans toute la France, existent de nombreuses réalisations bois du bureau d’études lorrain – bâtiments de santé, logements, crèches et bâtiments multi-accueil, écoles, bâtiments sportifs, bâtiments tertiaires, abris et halles… –, qui sont désormais la marque de son expérience.

Diffusion du savoir

La société Barthes BE bois intervient fréquemment pour des diagnostics dans l’existant, et en particulier pour les monuments historiques. Elle a à son actif pas moins que les réhabilitations des châteaux de Lunéville et du Haut-Koenigsbourg, tous deux ayant été victimes d’un incendie. «J’aime beaucoup travailler sur des bâtiments anciens, et en comprendre, avec les architectes des monuments historiques, tel ou tel arrangement. Cela développe un regard critique sur ce qui se fait aujourd’hui, c’est précieux. Ensuite, c’est un plaisir de mettre en œuvre les technologies contemporaines au profit de ces constructions anciennes – comme par exemple une dalle de compression avec un matériau hypercontraint, du LVL, grâce à des méthodes de calcul très contemporaines.»
Cette expérience accumulée, Nicolas Barthes la partage volontiers, puisqu’il enseigne à l’Enstib, à l’IUT de génie civil et à l’École d’architecture de Nancy. «La diffusion du savoir, c’est très important», remarque-t-il. Il estime ainsi que la normalisation est un effet de bon sens, qui favorise la protection des gens et le «bien construire», et va dans le sens de la capitalisation de l’expérience et donc de cette intelligence collective qui lui est chère. Ce qui est à déplorer, selon lui, c’est la lenteur dans les processus, comme par exemple celui des Atex. «L’institut technologique dédié au métal produit des publications nationales très fréquentes sur tout un tas de sujets liés aux structures métalliques, en particulier normatifs. On est très «secs» sur la production normative liée aux structures bois…», note-t-il. Interrogé sur les évolutions du métier qu’il a observées en dix ans, le chef d’entreprise lorrain évoque spontanément IBC – il en est le secrétaire –, cette association dont les fondateurs lui ont énormément apporté, dit-il, notamment Alain Perrin, du bureau d’études Perrin structures bois de Morteau. «Désormais, il y a 70 adhérents», se réjouit-il. «Ce que nous avons su faire, nous les bureaux d’études bois, c’est trouver notre place dans le secteur de la construction ; l’ensemble des projets bois phares se font désormais avec des ingénieurs et en outre ceux-ci n’ont plus un rôle de conseiller isolé mais sont des acteurs de la construction. Un projet bois est différent d’un projet béton, il faut assurer la synthèse du projet, de sorte à ce que tout le monde y rentre de manière coordonnée. Cela repose sur le bureau d’études !». En dix ans, le secteur de la construction a beaucoup évolué, en particulier la réglementation thermique mais aussi acoustique, sismique… «Le rôle des bureaux d’études est aussi plus que jamais de rester à la page en matière d’évolutions technologiques, comme celle du Bim par exemple», remarque Nicolas Barthes. De fait, ils sont une clef du développement du secteur de la construction bois.

Fabienne Tisserand