Le frêne en mélange résiste mieux à la chalarose : les résultats de Chalfrax en web TV

Le 15 octobre 2020

Douze ans après sa première détection en France, la chalarose est désormais installée dans toute la zone de présence du frêne commun. Seul le pourtour méditerranéen où le frêne oxyphylle domine est aujourd’hui indemne. Les régions les plus touchées sont celles où Chalara fraxinea a été détecté dès 2008-09 (Franche-Comté, Lorraine, Alsace, Nord-Pas-de-Calais).
Pour appréhender le thème du frêne face au défi de la chalarose et connaître en détail les conclusions du projet national Chalfrax, conduit avec l’Office national des forêts, le Centre national de la propriété forestière (CNPF) et les coopératives forestières et qui a duré cinq ans, une émission web TV accessible à tous est proposée par les partenaires, dès le 16 octobre 2020. «Il suffira de se connecter sur la chaîne YouTube du CNPF pour la regarder. Elle présentera quatre séquences qui comporteront chacune des reportages et des débats sur le plateau grâce à la présence d’experts spécialistes, représentants de la filière forêt-bois et personnalités politiques. Un guide, rassemblant l’ensemble des outils présentés ce jour-là sera édité dans la foulée», indique le CNPF. Au programme : le point complet sur la chalarose du frêne : connaissances scientifiques, résultats d’études, présentation des outils et de la stratégie Chalfrax dans 2 heures d’émission, dont 20 minutes de reportages, en 4 séquences thématiques, avec 25 invités en plateau.

Le frêne résiste mieux en mélange

Claude Husson, expert au Département santé des forêts (DSF), avait déjà produit en juillet 2020 un rapport des progrès dans la connaissance de la chalarose. Après l’arrivée de la maladie, le houppier des arbres se dégrade progressivement année après année. De même, les nécroses au collet sont plus fréquentes dans les premières régions infectées. Ainsi, l’impact réel de la chalarose dans une zone géographique donnée peut être estimé 7 à 8 ans après l’arrivée de l’agent pathogène.
La sévérité de la chalarose est corrélée à l’âge et la taille des plants. Plus les arbres sont jeunes, plus l’impact est fort, car les nécroses induites par C. fraxinea ceinturent rapidement les jeunes rameaux. Elle est aussi corrélée à la densité en frênes dans les peuplements forestiers. B. Marçais et F. Ningre, de l’Inrae, ont montré que dans des peuplements de petits bois à gros bois du Nord-Est de la France, la situation est très dégradée dès que la surface terrière en frêne est supérieure à environ 5 m² par hectare. Par contre, dans les peuplements mélangés et particulièrement dans ceux où le frêne représente moins de 20% des tiges, l’état sanitaire est globalement satisfaisant et se dégrade beaucoup moins rapidement : plus de la moitié des arbres y présente une dégradation moyenne du houppier de moins de 50% et peu de nécroses au collet.

Des frênes tolérants

En plus de l’âge et de la densité des frênes, l’enquête du DSF réalisée en 2017 sur le grand quart nord-est de la France fait ressortir des impacts contrastés selon les stations. Ainsi, les arbres situés dans des sols humides et au cœur d’un couvert forestier important présentent de fortes dégradations de houppier et des nécroses au collet. A l’inverse, les frênes ont un meilleur état sanitaire dans les stations à sols mésophiles à sec et/ou lorsqu’ils sont à proximité de lisière ou dans de petits massifs. La dégradation des arbres de bordure ne s’amplifie pas avec le temps.
Le DSF insiste enfin sur le fait qu’il existe des frênes communs tolérants à la chalarose, 1 à 3% restant sains dans un contexte très favorable à la maladie, et 20 à 30% dans un état sanitaire peu dégradé (houppier ou nécrose). Cela signifie qu’en conservant les arbres tolérants les nouvelles générations de frênes devraient à long terme être moins impactées par la chalarose, à la fois au niveau du houppier et du collet. (Il est suggéré que C. fraxinea est capable d’infecter les feuilles mais que le passage de la feuille au rameau est freiné, causant ainsi peu de nécroses sur tiges et rameaux et donc peu de dégradation dans le houppier).
À noter aussi que le champignon ascomycète Hymenoscyphus fraxineus (synonyme de Chalara fraxinea) est un agent pathogène des feuilles qui progresse dans un deuxième temps vers les pousses et les rameaux lignifiés. L’infection des feuilles et des rameaux est freinée lors des étés et automnes trop chauds. Il est probable que les étés chauds de 2018 et 2019 aient freiné la progression de la chalarose et son impact.
La conclusion de Claude Husson est qu’il est important de préserver les arbres asymptomatiques de tout âge : les jeunes arbres sont très probablement tolérants, et chez les plus âgés, la maladie évolue lentement. Elle est aussi, et c’est une bonne nouvelle, que «du fait de l’échappement (sites où les conditions environnementales ne sont pas favorables à la chalarose) et de la tolérance chez certains individus, le frêne n’est pas une espèce menacée de disparition».

Légende photo : «Bien que non épargnés par les attaques de Chalara fraxinea chaque année et par des mortalités de branches bien visibles, il faut souligner une fois de plus que les arbres de catégorie de diamètre supérieure à 30-40 cm ont un taux de mortalité faible, une croissance ralentie mais continue, et ceci est encore plus vrai dans les peuplements mélangés», souligne le DSF. Dans les peuplements mélangés où le frêne représente moins de 20% des tiges, l’état sanitaire est globalement satisfaisant et leur exploitation doit être raisonnée dans le temps.