Le bois dans nos cadres de vie : des approches très variées

Le 2 avril 2019
Une surélévation dans un village classé. Avec ce projet, l’agence Coco architecture a candidaté au Prix régional de la construction bois Nouvelle-Aquitaine 2018. (crédit photo : © Edouard Decam.)

Poursuivant sa série de rencontres à la Maison de l’Architecture à Bordeaux, le Codefa anime des rencontres qui mettent le bois régional et les entreprises locales — de préférence — en vedette. La soirée du 26 février témoigne de cette diversité des utilisations du bois “dans nos cadres de vie” : maison, école, entreprise et immeuble de bureau.
Coco architecture, implantée en Dordogne, non loin de Sarlat, a fait de l’architecture contemporaine en milieu rural sa spécialité. La construction de la maison Liénard, à Carsac-Aillac (24), illustre les difficultés que l’on peut rencontrer dans un village classé pour rénover ou étendre un bâtiment dans un tel environnement.
De l’idée initiale d’extension d’une petite maison, le projet final aboutit à une surélévation par construction bois d’un étage abritant deux chambres séparées par un atelier. Le bois a démontré ses atouts dans la mesure où il n’était pas possible de faire des fondations classiques : légèreté du matériau mais aussi facilité de chantier dans un lieu difficile d’accès ont orienté le choix vers l’ossature bois.

Le choix du local

Le projet privilégie les matériaux locaux, avec des placages de châtaignier en intérieur. Le bardage extérieur est en mélèze raboté de 3,5 cm d’épaisseur, avec des lames de 10 cm, souligne Nicolas Le Provost, de LP Menuiserie, à Castelnaud-la-Chapelle (24). L’entreprise de menuiserie a mis en œuvre le contreplaqué de châtaignier de l’entreprise charentaise Malvaux et l’escalier aux marches de châtaignier massif fourni par Coste bois (de Castelnaud-la-Chapelle également) sur une crémaillère en frêne. Le parquet, avec des lames de 13 cm de largeur, est lui aussi tout en châtaignier sans chanfrein à joints perdus.
Côté budget, pour réaliser les 110 m2 mais aussi l’assainissement, une géothermie, “du coup, on arrive à un prix de 2.000 euros le m2 en réhabilitation et en refaisant tout, et même l’ameublement !”, résume l’architecte Agathe Guillemin.

Mettre en œuvre les essences régionales

En Pyrénées-Atlantiques, à Bosdarros, l’architecte Pierre Marsan a engagé la première phase d’aménagement au cœur du village, “entre place et cour” : l’extension et la rénovation d’une école. Le projet a été récompensé d’une mention “Utilisation des bois local/régional”, dans la catégorie “Apprendre, se divertir” dans le cadre du Prix régional de la construction bois Nouvelle-Aquitaine 2018. L’architecte a créé une galerie à l’arrière pour relier les salles de classes sans passer par l’extérieur et rationaliser les sanitaires. L’extension prend la forme d’un triangle et abrite l’espace restauration, clair et largement ouvert sur l’extérieur. L’essence choisie est le pin, en menuiserie bois pour le mur de façade et pour l’escalier à trois volées.
Pour répondre à la problématique sismique prégnante dans ce département pyrénéen, l’architecte a opté pour des structures type portique en lamellé-collé ou en contrecollé sur les poteaux. Les poutres sont en lamellé-collé de pin. Impossible d’utiliser le tulipier, essence subspontanée dans la région, dans la mesure où “personne ne fait de lamellé-collé en tulipier”. Quant au bardage, “assez classique” (90 euros le m2), il est fait de pin autoclavé. “Quand on veut construire en bois pas cher, on utilise le pin” observe Pierre Marsan. Le budget de l’ensemble dépasse les 800.000 euros. Côté bois, avec près de 15 m3 mis en œuvre, le coût s’établit à 1.200 euros HT le m3 travaillé. “Sur les parties plus compliquées, on est presque à 1.600.”

Le mariage du chêne et du cognac

Quand Martell, la plus vieille maison de cognac, décide de remodeler ses installations du centre-ville de Cognac (16), elle s’adresse à l’agence d’architecture BLP (Brochet Lajus Pueyo). Celle-ci commence par faire place nette en démolissant certaines parties du site. Elle ouvre les bâtiments sur la ville en remplaçant le mur par une clôture qui marie inox et poteaux de chêne.
Car l’essence chère au Cognac – fournie par l’entreprise Cabannes à Chevanceaux (17) est omniprésente, mise en valeur dans le mobilier en bois de la boutique et, surtout, par le passage traversant que l’architecte Brice Loquay décrit comme “l’insertion d’un objet de bois axé sur la maison du fondateur. On part d’un carré dans la façade qui se transforme en voûte en plein cintre”. Au départ, on avait prévu du bois massif, mais c’était difficilement réalisable compte tenu de la quantité de bois nécessaire. Tout est donc réalisé en lamellé de chêne “selon la technique de fabrication d’un contreplaqué mais avec une même orientation pour tous les plans de fil”.
L’entreprise Lecuiller, à Tonnay-Boutonne (17), spécialisée dans la conception et le moulage bois multiplis, a réalisé les “arches Martell” à partir de lames en lamellé de chêne de 48 x 50 : 600 demi-arches de développés variables de 10,5 à 14,5 m pour lesquelles il a fallu 120 moules. Du côté de Lecuiller, on souligne le gros travail de mise au point des gabarits dans la mesure où chaque arche a une hauteur et un développé différents.
Aujourd’hui, le bâtiment rénové abrite la fondation Martell. Le chantier a été rondement mené puisque les travaux avaient démarré en juin pour se terminer en octobre. Des travaux d’aménagement du premier étage sont en cours pour réaliser des ateliers qui accueilleront des artistes et des artisans, dans une démarche d’encouragement de l’artisanat d’art cher à Martell.

Une volonté politique

Présentant ce qui reste à ce jour le plus haut immeuble de bureaux de France, Perspective, l’architecte Dimitri Roussel insiste sur la “volonté politique” indispensable pour conduire ce type de projet et, plus généralement les bâtiments bois. Le constructeur Pichet a confié au tandem Laisné-Roussel la conception de l’édifice en 2013 mais le chantier n’a pu démarrer qu’en 2016 pour une livraison en 2018.
Le maître d’ouvrage souhaitait du pin des Landes. Côté architectes, on a choisi “l’épicéa du Massif central, beaucoup plus adapté pour la structure”, 315 m3 d’épicéa pour le lamellé-collé, 166 m3 de bois massif et 3.842 m2 de LVL (tous les panneaux de plancher) auxquels il faut ajouter de l’ossature, du bardage, du pliage et de l’OSB pour remplir les façades. Les intervenants bois sont Pyrénées charpentes et Piveteau. Dimitri Roussel souligne “la chaleur du matériau bois, très convaincante”.

De notre correspondante – Pierrette Castagné

Photo : Une surélévation toute simple, mais dans un village classé. Avec ce projet, l’agence Coco architecture a candidaté au Prix régional de la construction bois Nouvelle-Aquitaine 2018. (crédit photo : © Edouard Decam.)

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