L’approvisionnement tendu des scieries landaises

Le 21 août 2019
Une parcelle de pins maritimes à proximité de Mimizan, des arbres souvent tordus, redressés par le billonnage. 

L’Observatoire du métier de la scierie présente ses travaux réalisés au coeur du massif landais, en pleine recomposition, afin de comprendre et illustrer la problématique «approvisionnement».

Il faut «rentrer» dans le massif landais en suivant l’axe Bordeaux-Mimizan pour se rendre compte de la place qu’occupe le pin maritime. Selon les données Agreste 2015, la surface productive des landes est de 535.000 ha, auxquels il faut ajouter les quelque 500.000 ha de la Gironde toute proche.

Dans ce contexte, on pourrait se dire qu’il n’y a aucun problème pour alimenter l’industrie du bois régionale, tant il semble y avoir de la matière ligneuse.

Pourtant si ! Dans les landes de Gascogne, il existe plus qu’ailleurs en France un large tissu de transformateurs. Les principaux consommateurs de bois sont bien entendu les scieurs. Le chiffre de 25 scieries est avancé par la Fédération des industries du Bois de Nouvelle-Aquitaine (Fibna). Ce tissu est aussi composé de dérouleurs, d’industriels de la pâte à papier, de la bio-raffinerie et du panneau, sans parler des nouveaux entrants, animateurs de la chimie verte. A noter que la filière «bois-énergie» était peu présente mais que le démarrage de plusieurs projets CRE a changé la donne. Autant d’acteurs qui semblaient vivre «en bonne harmonie» avant les tempêtes de 1999 et 2009 qui, rappelons-le, ont mis à terre en Aquitaine 27 millions de m3 pour Martin et plus de 40 millions de m3 pour Klaus. Sur place, on parle d’un tiers de la ressource à terre dans les Landes de Gascogne après le passage de Klaus. Il a fallu extraire les chablis, soit quatre à cinq année de récolte, en transformer une partie sur place et l’autre dans d’autres régions, voire à l’étranger.

Les scieries, après avoir aussi traversé la crise économique des années 2010, ont enfin retrouvé du bois frais à partir de 2014-15 et se sont crues tirées d’affaires. C’était sans compter sur le fait que l’excédent prélevé manquerait à l’appel des approvisionnements. Paul Lesbats, scieur à Léon et Saint-Perdon et président de la section exploitation forestière et sciage de la Fibna le confirme, «le million d’hectares des forêts landaises (Gascogne et Gironde) produisait huit millions de m3 (bois d’oeuvre, bois d’industrie et bois-énergie confondus), à présent, ce sont seulement cinq, la différence entre la consommation industrielle et cette production provient de déstockage forestier».

Première incidence, les scieries ont dû baisser leur production volumétrique. La seconde, avec la concurrence exacerbée entre utilisateurs, elles assistent impuissantes à une montée exponentielle des prix d’achat depuis 2014 grevant par là-même la rentabilité des entreprises. Paul Lesbats, et afin de lever toute ambiguïté, précise «Les propriétaires privés, qui détiennent 95% de la surface forestière, ne sont pas du tout dans une rétention de bois, mais le massif donne seulement ce qu’il peut !»

Une solution pour améliorer l’approvisionnement des scieries landaises ?

L’approvisionnement extérieur par le bois scolyté du quart Nord-Est de la France peut être une solution à plusieurs titres, soulevant toutefois de nombreux questionnements le premier :

assurer un approvisionnement volumétrique de petits diamètres autour de 25 cm en direction des gros faiseurs de sciages destinés à la palette, ainsi que pour les industriels de la pâte à papier ;

– le deuxième, et peut-être le plus important aux points de vues technique et technologique, réinstaurer des circuits du bois en fonction des types de transformation, afin de ne plus voir «partir» vers la trituration des bois de qualité sciage et surtout des gros diamètres susceptibles de donner de la charpente. Un contresens économique qui trouve sa source dans le manque de bois mobilisé. Du bois doit en permanence alimenter les chaînes de production. Des emplois en dépendent immédiatement, mais aussi la préservation de la capacité à valoriser les bois futurs ;

– le troisième : faire baisser la pression sur les prix d’achat de la matière. Il faut, en effet, débourser autour de 50 euros du m3 sur pied selon la catégorie pour acquérir du pin maritime. Un prix auquel il faut ajouter l’abattage-extraction, 8 à 10 euros/m3, et le transport, 7 à 10 euros/m3, selon la distance. Une pression qui met à mal la trésorerie des entreprises, mais pas seulement puisque de nombreux projets d’investissements sont actuellement mis sous le boisseau dans l’attente de jours meilleurs. D’autant plus qu’il est admis aussi bien par les sylviculteurs que par les utilisateurs de produits ligneux qu’il faudra attendre encore six à huit ans pour retrouver de la matière issue des premières éclaircies des bois plantés après la tempête de 1999. […]

Photo : Une parcelle de pins maritimes à proximité de Mimizan, des arbres souvent tordus, redressés par le billonnage. 

Voir notre édition verte, Le Bois International, Scierie, exploitation forestière N°28…