La controverse sur la scierie industrielle de hêtre à Lannemezan débouche sur une étude-concertation

Le 20 novembre 2020

Suite au désaccord entre partisans du projet du groupe italien Florian souhaitant implanter une grande scierie de hêtre à Lannemezan et détracteurs du même projet qui entendent préserver l’environnement et estiment qu’une autre politique d’usage du bois doit être conduite que celle soutenant des grandes unités industrielles, la tension a monté dans les Hautes-Pyrénées, où de grandes manifestations ont eu lieu.
Le préfet des Hautes-Pyrénées a visiblement voulu faire retomber celle-ci en annonçant le 16 novembre via un communiqué qu’une étude sera lancée pour avancer dans la concertation.
La Préfecture s’est ainsi exprimée :
« Le préfet des Hautes-Pyrénées, en accord avec le préfet de la région Occitanie, préfet coordonnateur du massif des Pyrénées, et en coordination avec la présidente du conseil régional et les élus des Hautes-Pyrénées, a arrêté les dispositions suivantes dans le cadre du Plan régional forêt bois et du Plan bois de la région Occitanie :

  • une étude-concertation sur le projet de valorisation du bois-hêtre dans les Hautes-Pyrénées sera mise en place. Le lancement de cette étude-concertation, cofinancée par l’Etat et le conseil régional, sera proposé au prochain comité de massif des Pyrénées en vue d’un démarrage de l’étude-concertation en janvier 2021. Cette étude-concertation devra permettre d’objectiver la question de la ressource valorisable et d’entendre le point de vue de l’ensemble des parties prenantes pour identifier les points d’accord, les points d’incompréhension et les points de désaccord ;
  • une saisine des ministères de l’Agriculture et de la Forêt et de la Transition écologique interviendra en vue d’une mission conjointe du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux et du Conseil général de l’environnement et du développement durable destinée à valider scientifiquement l’évaluation de la ressource valorisable dans le respect de la qualité écologique de la forêt, et à définir la nature du projet de valorisation et les modes de gestion.»

Pour rappel, le groupe italien annonce vouloir transformer en bois d’œuvre 50.000 m³ de hêtres de haute qualité du massif des Pyrénées par an, ce qui correspondrait selon les opposants au projet à plus que doubler le prélèvement actuel et le porter, toutes qualités confondues, à plusieurs centaines de milliers de m³. Visiblement, le Préfet a pensé qu’il faut éclaircir les chiffres.
A noter que les collectifs citoyens engagés dans la préservation de l’environnement et d’une économie locale ne sont pas les seuls à mettre en doute la pertinence d’un projet d’une telle envergure. Pierre Sanguinet, scieur dans les Hautes-Pyrénées, président de la section Occitanie de la Fédération nationale du bois, aurait souligné le danger couru par le tissu des petites et moyennes entreprises et exprimé sa crainte que l’exploitation s’élargisse à d’autres essences comme le chêne. Une situation de monopole est aussi le spectre brandi par CGT Forêt. La communauté de communes du Plateau de Lannemezan, qui porte le projet, avec l’objectif conjoint d’alimenter un chaufferie à cogénération, aurait drainé d’importants fonds publics pour ce projet à 11 millions d’euros, ce qui fait d’autant plus grincer des dents les opposants.