Habitat et bois : quel approvisionnement pour la filière dans un futur proche ?

Le 10 octobre 2019
La table ronde «Crise sanitaire des forêts et approvisionnement de la filière bois», réunissant, de gauche à droite, Gérald Oriel, Laurent Bléron, Denis Dagneau, Pierre-Adolff Peduzzi. 

Changer les critères esthétiques appliqués au bois, à l’entrée des négoces ou au moment des choix des architectes et des maîtres d’ouvrage, c’est une des solutions qui a été discutée par les professionnels sur le forum d’Habitat et bois. Elle permettrait, alors que sécheresse et scolytes sévissent, de mieux utiliser la ressource et ainsi de la préserver pour le futur, et peut-être ainsi d’enrayer une trop forte hausse des prix à 4-5 ans.

C’est le thème du climat qui a été retenu pour la 40e édition du salon Habitat et bois. Il a suscité des échanges nombreux, notamment lors de la première journée dédiée tout particulièrement aux professionnels. Le lendemain et le surlendemain, des manifestations pour le climat se déroulaient en France et dans le monde, peinant parfois à mettre en avant des objectifs concrets et délimités – si ce n’est l’arrêt de l’adhésion à la fable de la croissance, pour reprendre le propos de la jeune militante Greta Thunberg à l’ONU.

Le sujet est complexe en effet – touchant à la société dans son entièreté –, cette difficulté ouvrant parfois la porte aux opportunistes du greenwashing. Le secteur forêt-bois est à de multiples niveaux partie prenante d’un équilibre climatique – subissant le climat, puisque l’arbre qui est sa matière première est vivant, et ayant la capacité de le moduler, de par la façon dont il transforme cet arbre et accompagne son renouvellement. Les visiteurs de l’exposition, sur les stands et au cours des débats, ont pu glaner des éléments de réflexion concrets, à l’heure où la légitimité de la transformation est parfois remise en cause par le grand public pour qui l’arbre est un symbole, celui d’une nature «du temps long», non totalement artificialisée, et par là un refuge. Un salon tel qu’Habitat et bois permet de «toucher» du bois (et c’est d’ailleurs le nom dédié à un espace conçu comme un atelier où se déroulent des démonstrations)… et surtout les humains qui le transforment. Il offre au public de s’immiscer dans cet équilibre subtil qui est celui de la filière à ce jour, reposant encore sur des connaissances humaines acquises au contact… des arbres, plus que des ordinateurs et des paillasses de laboratoires.

Une vedette indésirée

Une des vedettes du salon a incontestablement cette année été le scolyte de l’épicéa. Les interprofessions du Grand-Est (G-E) et de Bourgogne Franche-Comté (BFC) venaient juste de compiler les derniers chiffres relatifs à ses dégâts (issus des réponses des gestionnaires forestiers sollicités par questionnaire). En juillet-août, les ravages du coléoptère concernaient un volume total cumulé de 1,865 Mm3 : 1,085 Mm3en Grand-Est (851.000 m3 en forêts publiques, dont 519.000 m3 en forêts communales), 780.000 m3 en Bourgogne Franche-Comté (448.000 m3 en forêts publiques, dont 399.000 m3 en forêts communales). Avec 84% d’augmentation entre avril et juillet 2019 sur les deux régions (132% en BFC, et 62% en G-E), les interprofessions craignent que les attaques de 2019 fassent s’élever le volume total scolyté aux alentours des 4 à 5 Mm3. Jusque-là, et grâce aux mesures mises en place collectivement par les professionnels, le bois meurtri a été écoulé. «En moyenne, plus de 80% des volumes scolytés martelés sur les deux régions en juillet ont été vendus (79% en BFC, 83% en G-E)», indiquaient Fibois G-E et Fibois BFC le 18 septembre. «Ce chiffre traduit la bonne mobilisation des acteurs de la première transformation pour absorber ces volumes. Cependant, en septembre, les acteurs alertent sur la raréfaction des débouchés, notamment suite à la saturation des marchés locaux, aux surcoûts de transport vers les scieries de l’Ouest et à la fermeture des marchés à l’export vers l’Asie.» La rumeur circulait dans les allées du salon que l’État allait répondre sous peu favorablement à la demande d’aide au transport vers le Sud-Ouest et l’Ouest formulée par les professionnels, et qu’un dispositif était en train d’être imaginé…

Qui veut du bois bleu ?

Face à l’urgence, qu’imaginer ? Cela a été en quelque sorte la question d’une table ronde réunissant dans le cadre de l’exposition des gestionnaires et transformateurs de l’amont à l’aval de la filière. Elle avait été intitulée : «Crise sanitaire des forêts et approvisionnement de la filière bois». Alors que le bois est une matière première précieuse, existe-t-il des solutions pour ne pas gaspiller ces bois scolytés qu’il convient d’extraire des forêts ? Oui ! Mais, un frein culturel existe ! Le «bleu» atteint très vite les bois exploités après leur invasion par les scolytes. «Il n’induit pas de perte de résistance mécanique», a souligné Gérald Oriel, représentant de la section résineuse de la FNB Grand-Est, scieur de 70.000 m3 de gros bois annuellement. «Mais cela est ignoré dans les négoces, qui refusent le bois dès qu’ils détectent une couleur.» Le bleuissement du bois de résineux (qui s’observe surtout sur l’aubier des pins et sur le bois d’épicéa) est dû à des champignons à mycélium coloré, d’espèces variées, qui se développent presque uniquement dans les cellules vivantes (rayons médullaires et cellules sécrétrices) et qui exigent pour leur croissance une humidité assez élevée, mais aussi une aération suffisante de la masse du bois […]

Photo : La table ronde «Crise sanitaire des forêts et approvisionnement de la filière bois», réunissant, de gauche à droite, Gérald Oriel, Laurent Bléron, Denis Dagneau, Pierre-Adolff Peduzzi. 

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