En direct avec… Jean Diebolt, président de l’Ascodif

Le 22 juin 2020

Créé en 1993, l’Ascodif (Association des Constructeurs et distributeurs de matériels forestiers) est devenue en 2012 le syndicat professionnel des constructeurs, distributeurs et équipementiers de matériels forestiers. Président depuis 2014, Jean Diebolt évoque l’impact de la crise sanitaire actuelle sur les membres du syndicat mais aussi sur sa propre société.

 

Le Bois International – Pouvez-vous présenter votre parcours professionnel ainsi que l’investissement de la société Diebolt dans l’Ascodif ?

Jean Diebolt : Je suis arrivé dans la société familiale en 1984 jusqu’à devenir directeur général des établissements Diebolt SA, à la suite de mon père, en 1996. L’activité de l’entreprise se concentre dans la construction de semi-remorques, remorques et grues pour le transport des bois ronds sur route. La société Diebolt est installée dans le département de l’Alsace, à Marmoutier (67), depuis 1924 et dispose depuis 1971 d’une succursale à Monnet-la-Ville (39). L’atelier alsacien produit des semi-remorques, remorques et équipements grumiers et assure le service après-vente alors que la succursale jurassienne produit des équipements grumiers tout en participant au SAV. Les établissements Diebolt ont toujours été bien investis dans la filière forestière et ont fait partie des membres fondateurs de l’Ascodif en juillet 1993.

 

L.B.I. – Comment les membres de l’Ascodif ont-ils été impactés par la crise actuelle ?

J. D. : Tous les membres de l’Ascodif ont été confrontés aux mêmes difficultés pour faire face à cette crise sanitaire. Certains ont pu continuer de travailler en respectant des consignes sanitaires mais la plupart ont dû cesser temporairement leur activité, surtout parmi les constructeurs de matériels. Bon nombre ont réussi à maintenir une assistance téléphonique avec l’expédition de pièces de rechange.

L’Ascodif n’a pas pu se réunir ces derniers temps, sachant que certains membres travaillant pour de grands groupes européens devaient rester obligatoirement confinés sans aucune autorisation de se déplacer. L’Ascodif a permis de prendre des nou- velles de la santé de chacun de ses membres sans pour autant échanger du contexte économique. Je pense que nos membres devraient réussir à surmonter cette crise car beaucoup d’outils ont été mis en place par l’État pour soutenir les entreprises. La plupart des membres de l’Ascodif disposent de carnets de commande avec des délais importants. Certes, on a pris du retard et cela représente un coût financier. Pour nos membres non constructeurs mais importateurs, la crise a été vécue bien différemment selon les pays d’approvisionnement. Certains pays ont contraint les constructeurs à un arrêt plus long qu’en France alors que d’autres, comme la Suède, n’ont pas subi de confinement même si des usines ont pu être à l’arrêt malgré tout. De toute façon, les expéditions ont souvent été arrêtées car les transports internationaux ont été généra- lement suspendus. Mais vu que la plupart de nos clients ont arrêté leur activité, la répercussion de nos retards n’est pas si problématique.

 

L.B.I. – Quels sont les enjeux à venir que devra régler l’Ascodif ?

J. D. : Actuellement, tout est décalé ! Nos carnets de commandes, nos fournisseurs et sous-traitants également… De même, la plupart des évènements majeurs de la filière ont été reportés et tout particulièrement les salons forestiers qui sont pour nous une vitrine essentielle auprès de notre clientèle ! Le report de toutes ces manifestations peut s’avérer très problématique, car certains salons risquent de se chevaucher…

Par exemple, en France, l’Ascodif avait permis la mise en place d’une alternance tous les deux ans entre Forexpo et Euroforest. Or le décalage d’un an de Forexpo risque d’avoir des répercus- sions non négligeables car certains exposants ne voudront pas enchaîner deux salons deux années de suite… L’Ascodif a déjà lancé un sondage en interne auprès de ses membres sur cette problématique. Cependant, il est bien évident que chacun de nos membres pourra adopter une solution différente pour sa participation à tel ou tel salon.

 

L.B.I. – Pour revenir à la crise actuelle, pouvez-vous préciser comment votre société a été touchée ?

J. D. : Les ateliers de production ont été fermés durant huit semaines et le service après-vente a été suspendu pendant quatre semaines. Tous les salariés ont été invités à reprendre le travail le 11 mai dernier, sauf quelques cas particuliers, comme un employé vulnérable qui n’a repris que le lundi 8 juin. En effet, les établissements Diebolt se sont retrouvés au cœur de la tourmente en étant situés en Alsace. Il y aura un avant Covid et un après Covid, car nous avons mis en place des mesures sanitaires au sein de l’entreprise qui risquent de perdurer pendant quelques temps et peut-être même rester dans les habitudes à venir.

Nos clients œuvrant dans le transport n’ont pas été réellement arrêtés, contrairement à nos fournisseurs et aux fabricants de camions (ou de véhicules industriels). Avec la reprise, nous avons choisi de privilégier la production pour nos clients nationaux, car notre clientèle européenne ne peut se déplacer jusqu’en France. C’est d’autant plus le cas pour nos contrats à l’export en direction de l’Amérique du Sud, car les transports par bateaux sont complètement à l’arrêt.

 

L.B.I. – Comment voyez-vous l’avenir de la filière à court et moyen terme ?

J. D. : Je suis plutôt confiant dans l’avenir, car nous avons surtout traversé une crise sanitaire et non pas une crise économique. Les aides de l’État devraient permettre d’éviter une crise économique majeure. Les adhérents de l’Ascodif avaient subi, en moyenne, un impact économique de -35% avec la crise de 2008-2009 alors que cette année, on peut espérer un recul limité à -10% ou -15%. Il est vrai que l’Ascodif disposera d’une meilleure visibilité d’ici quelques mois à l’automne prochain pour dresser un bilan plus précis… Mais il faut savoir que le bois continuera à avancer, d’autant plus que quelques discussions avec certains scieurs alsaciens semblent confirmer que la filière sera suffisamment résiliente ! Les besoins en bois sont plutôt en progression, un atout qui sera important pour les semestres à venir…

Voir notre édition verte, Le Bois International, Scierie, exploitation forestière N°19…