Covid-19 et surveillance des forêts

Le 28 avril 2020

Conséquence imprévue et difficile à croire mais pourtant réelle, le confinement, cette mesure d’urgence sanitaire prise contre la propagation du virus Covid-19, a un effet sur les dépôts sauvages en forêt. C’est le constat partagé par l’Office national des forêts dans un communiqué du 17 avril. «Au printemps lorsque les travaux de jardinage reprennent, les agents de l’ONF constatent une augmentation des dépôts sauvages de déchets verts en forêt. Cette année, cette attitude peu citoyenne se développe, en raison de la fermeture des déchetteries pendant la période inédite du confinement.» L’ONF rappelle que les résidus d’origine végétale issus des activités de jardinage et d’entretien des espaces verts sont considérés sur le plan légal comme des déchets, et que leur traitement et leur élimination sont donc soumis à une réglementation (jeter ses déchets verts dans un milieu naturel, tel que la forêt, est strictement interdit et passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 1.500 euros). Ces résidus peuvent en effet être nocifs pour la forêt : les déchets verts favorisent le développement de plantes envahissantes menaçant la biodiversité forestière ; provenant souvent d’espèces ornementales que la forêt met beaucoup de temps à transformer en humus, ils peuvent asphyxier les sols forestiers ou modifier définitivement leur fonctionnement chimique ; il peuvent provoquer une surpopulation de certaines espèces du sol (invertébrés, insectes) mais aussi d’espèces plus nuisibles, ceci ayant pour effet de dégrader l’équilibre de l’écosystème forestier dans son ensemble.
L’ONF a aussi sensibilisé sur les risques d’incendies, toutes les conditions ayant été réunies pour que ces derniers se propagent facilement ce mois d’avril, et indiqué que, si des arrêtés préfectoraux ont interdit les activités sportives ou récréatives au sein des espaces forestiers, dans les parcs ou tout autre espace de plein air éloignés à plus d’1 km de sa résidence, et les travaux individuels en forêt (affouages), il continue néanmoins ses opérations de surveillance en forêt en coordination avec les services de gendarmerie.
Le constat et la crainte exprimés par l’ONF du renforcement des incivilités à l’égard de la forêt dès qu’un changement de contexte social intervient amène à l’esprit le débat sur les orientations quant à l’établissement public (à caractère industriel et commercial). Son directeur général a annoncé fin janvier la décision du Gouvernement de faire réaliser par des salariés de droit privé toutes les missions confiées par la loi à l’ONF et jusque-là mises en œuvre par des fonctionnaires : missions de service public, de protection, de police administrative et judiciaire. Le 5 février, le Gouvernement a validé un projet projet de loi d’accélération et de simplification de l’action publique, dont un article spécifie cette orientation. Ce recrutement d’agents sous statut privé pour les missions de police a fait débat, un débat occulté par l’état d’urgence sanitaire, mais que les comportements engendrés réactualisent… Derrière ce débat, le spectre de la privatisation hante…