Bientôt des arbres moins hauts ? Des chercheurs prévoient des pertes de volume de 1 à 5%

Le 1 septembre 2020

«L’augmentation de la température moyenne pourrait avoir une incidence sur l’offre en volume d’espèces commerciales d’ici la fin du XXIe siècle», telle est l’assertion argumentée de chercheurs français, détaillée dans un article intitulé : «Preuve des effets climatiques sur les relations hauteur-diamètre des espèces d’arbres», paru dans la revue scientifique les Annales des sciences forestières n° 76. Les scientifiques (Fortin, M., Van Couwenberghe, R., Perez, V. et coll.) ont étudié les relations entre le climat et les relations hauteur-diamètre (HD) des arbres, qui sont centrales en foresterie, car elles sont essentielles pour estimer le volume et la biomasse des arbres.
«Depuis la fin des années 1960, des efforts ont été faits pour généraliser les modèles de relations HD par l’inclusion de variables explicatives au niveau des parcelles et des arbres. Dans certaines études récentes, des variables climatiques telles que la température annuelle moyenne et les précipitations se sont avérées avoir un effet significatif sur l’allométrie HD. Cependant, dans ces études, les effets ont tous été considérés comme linéaires ou presque linéaires, ce qui suppose qu’il n’y a pas de température optimale ni de précipitation optimale.» Pour aller plus loin, les chercheurs ont ainsi testé l’hypothèse qu’un effet optimal de la température et des précipitations existe sur les hauteurs des arbres.
Il s’est avéré que la température moyenne de mars à septembre affecte la relation hauteur-diamètre de nombreuses espèces d’arbres en France, et que pour la plupart de ces espèces, l’effet de la température est non linéaire, ce qui permet d’identifier une température optimale. Les scientifiques ont montré un effet de la température significatif pour 33 des 44 espèces observées et trouvé un optimum dans 26 cas (l’effet de précipitation était lui linéaire et s’est révélé significatif pour seulement sept espèces). «Bien que les deux variables climatiques n’aient pas contribué autant que la concurrence et les indices de statut social au modèle, elles ont quand même contribué de façon importante», indiquent les chercheurs.
Au vu de leurs hypothèses, ils annoncent qu’environ deux tiers des espèces ayant des relations HD sensibles au climat seront généralement plus courtes. Cela induirait une diminution de volume allant de 1 à 5% pour la plupart de ces espèces. En conclusion, ils expliquent que «les praticiens forestiers doivent savoir que l’approvisionnement en volume de certaines espèces commerciales pourrait diminuer d’ici la fin du XXIe siècle», tout en temporisant : «Cependant, ces pertes pourraient être partiellement compensées par des changements dans les facteurs de forme et la distribution des espèces».

Crédit photo : Michel Bartoli